Ventôse
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Ventôse a conservé du temps de sa naissance
la fougue révolutionnaire ;
il compense, en hurlant, sa maigre transparence,
dévastatrice et solitaire.
Dépourvu d’ennemis, il combat sans raison
nos paysages qu’il dédaigne
et projetant sur nous sa froide exhalaison
nous déshabille et nous dépeigne.
Non, Ventôse n’est pas le zéphyr de l’été
chuchotant parmi les fougères ;
il rugit sur la ville avec férocité,
et siffle ainsi qu’ une vipère.
Dans les bois, sans pitié, il renverse les chênes,
ôtant leur âme du tableau ;
sur le vaste océan, sans frein il se déchaîne
au grand péril des matelots.
La vigne et les vergers tremblent sous ses rafales
et voient s’envoler leurs boutons.
Sur notre terre, ô vent, tu ne fait que du mal
avec ta voix de baryton.
Ventôse correspondait (à deux jours près suivant les années du calendrier républicain) à la période comprise entre le 19 Février et le 20 Mars du calendrier grégorien.
