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La fuite
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Trois chevaux allaient savourant
L’herbe encore tendre de l’automne
Ils avançaient d’un pas dansant,
Silhouettes graciles, dos frémissants
Sur un pré bordant la Garonne

Deux robes blanches, l’autre isabelle,
Noble encolure, queues en panache
Ils animaient, gracieux modèles,
Le grand tableau intemporel
D’un paysage au ciel sans tache

La lumière traçait des guipures
Dans les branchages de la rivière
Où venaient boire nos trois montures,
Marchant avec désinvolture,
Aristocrates à leur manière

L’air est troublé de sons virils
De l’orée montent des clameurs
Polyphonie de voix hostiles,
Aboiements ou paroles fébriles
Animés d’une même ardeur

Aux hommes qu’importe la clôture,
Dès qu’abattue elle est franchie
Voici les chasseurs en rupture
Avec l’usage et l’écriture,
Cherchant par là un raccourci

Les chevaux éperdus s’élancent
Un instinct ancestral les guide
Tels des projectiles qu’on lance
Ils volent vers la délivrance
Ils vont sauter comme des bolides

Les barbelés les ont trahit,
Victimes aux pieds ensanglantés,
Jarrets hâchés et poil rougi,
Pétrifiés face à l’incurie,
Ils se résignent, muets, sur le pré.

Trois chevaux allaient savourant
L’herbe encore tendre de l’automne
Ils avançaient d’un pas dansant,
Silhouettes graciles, dos frémissants
Sur un pré bordant la Garonne.

© Poème posté le 20/02/2021 par Cardaline

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