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A la bonne mort

Par : Hazarian

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Hazarian

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Ô noire souveraine, universelle faux,
Ravisseuse implacable aux dédains triomphaux
Dont rien ne sut jamais dévier la sentence,
Ni l'amour, ni la gloire, et dont tremble l'enfance,

Toi qui tords de douleur les cœurs les plus aimants,
Les roules à l'abîme, accablés de tourments,
Déchirés par le vide et le froid de l'absence,
Éperdus, sans lointains, en proie à la démence,

Ô Mort, oui, puisqu'il faut t'appeler par ton nom,
Toi dont l'ombre ternit le plus tendre horizon
Dès lors qu'à ses confins se pose un regard libre,
Toi dont l'horreur, souvent, fait perdre l'équilibre,

Pousse à tout déshonneur comme à la déraison,
A la fuite assassine, aux glaces d'un poison,
Au délire obsessif, aux perverses vengeances,
Et, devant la menace, aux pires allégeances,

Nul ne sait sous les cieux quelque réalité
Dont le versant d'azur, le visage d'été,
Doive être révélé parmi nous davantage,
Ô mère d'épouvante, invincible carnage !

Toi dont le seul écho du possible recours
Offre aux nuits de torture un apaisant secours,
Toi dont l’impénétrable et fascinant mystère
Autorise l’espoir même à l’âpre misère,

Toi sans qui chaque instant manquerait d’aiguillon,
Sans urgence, figé tel un roc de béton,
Sans amour et sans choix, pétri d’indifférence,
Et roulerait sans fin sa froide et folle errance,

Toi qui donnes à ceux qu’agonisent des maux
Sans remède, et cruels en leurs jeux infernaux,
Le sourire à ses pas, le souffle et l’espérance,
Libère leur envol vers des cieux de clémence,

Toi dont enfin la main, prêtée au désespoir
De qui voulait la paix d’un bienheureux vouloir,
Mais auprès d’un rival ignoble en fin de compte,
Peut être celle un jour qui l’éteint - ou le dompte !




Ce message a été édité - le 17-02-2023 à 12:02 par Hazarian

Posté à 18h48 le 25 janv. 23

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Jim

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Superbe ! Un triple bravo au paragraphe quatre, certains s'appliqueront à ne pas se sentir concernés...
Juste un détail, dans ces vers:
"Toi qui tords de douleur les cœurs les plus aimants,
Et les roule à l'abîme harcelés de tourments,"

"rouler" devrait prendre un "s", ce qui oblige à un correctif conservant le mètre (suppression de la conjonction par exemple suffirait)

Posté à 20h18 le 25 janv. 23

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Hazarian

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Merci Jim, pour l'éloge, le commentaire incisif, ainsi que pour le signalement de ma faute d'accord et la proposition de correction, qui m'est aussi apparue la solution la plus judicieuse !

Edit: mais je crois avoir relevé une autre erreur dans ce vers, maintenant, car le h de harcelé ne peut être considéré comme un h aspiré... et je vais voir ce que je peux faire, là...




Ce message a été édité - le 28-01-2023 à 13:16 par Hazarian

Posté à 21h25 le 25 janv. 23

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Tonindulot

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C'est du café serré...au bon goût d'y revenez-y...

Coucou

Posté à 21h40 le 26 janv. 23

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Hazarian

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Que nos modernes avant-gardistes se le disent: la valeur éprouvée vaut mieux que les enfantillages complaisants ou prétentieux, et la misère originale

Posté à 13h21 le 28 janv. 23

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Ancienmembre

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Suite à une suppression de compte, les messages de ce membre ont été supprimés, veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée

Posté à 19h21 le 29 janv. 23

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Pierre Lamy

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Ce message a été édité - le 31-01-2023 à 17:44 par Pierrelamy

Posté à 20h57 le 29 janv. 23

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Salus

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Ah, oui, c'est celui qui dit qui est !

Posté à 21h07 le 29 janv. 23

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Hazarian

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Jean Mi : ravi de procurer un tel plaisir. Après quoi, n'étant pas grammairien, je ne saurais dire, mais je sens mieux le subjonctif que l'indicatif, ici.
Pierre Lamy : pour mon compte, c'est devenu sans le moindre intérêt.
Salus : C'est vous qui le dites !

Posté à 16h19 le 30 janv. 23

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Pierre Lamy

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Ce message a été édité - le 31-01-2023 à 17:45 par Pierrelamy

Posté à 17h38 le 30 janv. 23

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Jim

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Assez subtile cette question de l'indicatif ou du subjonctif. L'indicatif indique une certitude, le subjonctif une possibilité, soit donc une incertitude. Le subjonctif est souvent introduit par un "que" tel que: "il soigne sa plante afin qu'elle grandisse". C'est un but, mais incertain. Pour tester, on voit si on peut remplacer le verbe conjugué par son infinitif, p.e.: "tu travailles afin que tu réussisses ton examen" devient "tu travailles afin de réussir ton examen".
Quand on ne peut utiliser de telles astuces, ne serait-ce qu'à cause de l'inemploi du "que", il faut tester l'incertitude. Dans la strophe choisie, on repère d'abord le groupe sujet, car il n'y en a qu'un, et non pas deux, comme on pourrait le croire. Le groupe verbal étant au masculin singulier nous l'indique, le groupe sujet se décomposant en deux sous-groupes, le second qualifiant le premier. Ayant en main le sujet et le verbe, on peut donc tester l'incertitude de la proposition. Ce qui est faisable en observant que le verbe peut-être remplacé par le conditionnel et non le présent de l'indicatif, autrement dit, c'est bien l'incertitude qui domine, en conséquence de quoi, le mode doit être le subjonctif. En d'autres termes:
"Dont le versant d'azur, (...),
Doive être révélé parmi nous davantage,"
se remplace par:
"Dont le versant d'azur, (...),
serait (et non pas est) révélé parmi nous davantage,"

La difficulté dans ces vers tient à ce que les deux modes sont possibles sans être fautifs, selon ce que l'auteur a choisi de dire : affirmer ou évoquer. Il y a donc un arbitraire que la syntaxe ne lève pas, contrairement aux cas plus simples introduits par un "que", lequel ne laisse aucune autre possibilité que le doute.

Ouf !



Ce message a été édité - le 30-01-2023 à 23:07 par Jim

Posté à 22h51 le 30 janv. 23

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Pierre Lamy

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Ce message a été édité - le 31-01-2023 à 17:46 par Pierrelamy

Posté à 07h57 le 31 janv. 23

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Andreas

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Carrément balourds, ces vers.
Je préfère les « enfantillages ». Ils ne sont souvent tels qu’en apparence.

Posté à 10h03 le 31 janv. 23

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Hazarian

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Merci, Jim, pour cette claire et rigoureuse démonstration !
Monsieur Lamy : Abjecte, abjecte... oui, selon quelque apparence ; mais fort trompeuse, croyez-moi ! A tort, peut-être sur l base d'une erreur de jugement, j'ai agi en situation de légitime défense. Après quoi, les avant-gardistes d'hier et d'aujourd'hui pourraient saluer votre "pléonasme", au nom de tout avant-gardisme ! Tant qu'on est chez de certains novateurs, peu importent qualité et pertinence des oeuvres et des propos, du moment qu'on est dans l'inédit, ou plutôt voilà à quoi peuvent se résumer toute qualité et pertinence ici: du jamais vu. Bref, sur le point d'une telle critique, vous ne serez jamais seul, ce qui est tout de même très réconfortant, surtout en hiver, le tout étant que vous appréciez la dite compagnie.

Quant à vous Andreas, je ne peux que rendre hommage à votre brillante critique, où la qualité de la réflexion le dispute à s'y perdre au tranchant de la plume et à la puissance intellectuelle

Posté à 14h22 le 31 janv. 23

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Andreas

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Je ne prétendrai jamais être aussi intelligent que vous. Je trouve simplement vos vers balourds.

Posté à 14h43 le 31 janv. 23

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