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Noël ensemble (compilation pour les fêtes)

Par : Laugierandre

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Laugierandre

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MERCI, mon Cher KERDREL.

À mon tour je te souhaite de passer un excellent Noël à partager, je l'espère, avec celles et ceux qui te sont chers.

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Salut Salut Salut

Je te dédie ce modeste poème en témoignage de notre grande Amitié.

NOËL

Noël est dans mon cœur, au logis de mon âme,
Bercé par le sanctus qui a louangé Dieu ;
Aux notes de cristal, sur fond mélodieux,
J'appréhende une voix dont mon être se pâme.

Tandis que mon regard au-dehors s’amalgame,
Aux formes, aux couleurs du cadre harmonieux,
La forêt de sapins nacrée d'un blanc soyeux,
Dans les ocres du soir aux complies me réclame

C'est la nativité ! L'éther est constellé
De pentacles brillants que séduit, esseulé,
Le bel astre* entouré d'un voile diaphane.

En la douce beauté, sous le frisson du vent,
J’entends l’écho sacré où mon cœur courtisane
La messe de minuit en un chœur émouvant...

* lune.


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Ce message a été édité - le 23-12-2020 à 18:18 par Laugierandre

Posté à 18h17 le 23 déc. 20

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Arcane

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PAYSAGE D'HIVER ….

Immobile comme une fresque
Fort neigeuse en ses contours,
Gelée miraculeuse presque
Glaçons, miroirs à rebours !

Béate, en ces lieux j'admire
La magicienne du Naturel
Qui, en deux ou trois soupirs
S'est faite l'alliée du ciel .

Arborescences étoilées
Des brillances inconnues
Illuminent les belles allées
Comme je ne l'ai jamais vu !

Surprises comme jour de fête
Cherchant les mortes feuilles
Je n'en vois que silhouettes
Des branches en leur deuil !

Que personne ne retouche
la perspective à son apogée,
Du spectacle sous cette couche
D'une perfection à protéger  !

Soudain, avalanche de neige
sur mon dos vint à s'épancher,
Magie noire ou bien sortilège
D'un oiseau bleu qui s'est perché !

Ne riez pas sous votre cape,
Bien mieux me suis accordée,
Il n'y a vraiment pas Satrape
Comme Nature me suis en gelée !













Ce message a été édité - le 24-12-2020 à 17:01 par Arcane

Posté à 16h58 le 24 déc. 20

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Laugierandre

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Bonsoir LUCIENNE,

Et voilà, nous y sommes !

Jusqu'au dernier moment, tu auras posté tes émotions en poèmes, venant partager ce topic avec celles et ceux d'entre nous que ces poésies et leurs images de douceur et de fraternité auront réunis.

Ce salon perdurera jusqu'au 2 janvier inclus. Il constituera une compilation de près de 80 poèmes, écrits à toutes les époques par des auteurs célèbres ou encore anonymes.

Je te souhaite de passer un BIEN AGRÉABLE RÉVEILLON et une TRÈS AGRÉABLE JOURNÉE DE NOËL, avec les tiens, LUCIENNE.

MERCI pour ta contribution !

BISOUS MARSEILLAIS.

ANDRÉ

Salut Salut Salut

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Posté à 18h12 le 24 déc. 20

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Laugierandre

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Jean AICARD (1848-1921)

LA NOËL

L'hiver resserre autour du foyer la famille.
Voici Noël. Voici la bûche qui pétille ;
Le « carignié », vieux tronc énorme d'olivier
Conservé pour ce jour, flambe au fond du foyer.
Ce soir, le « gros souper » sera bon, quoique maigre.
On ne servira pas l'anchois rouge au vinaigre,
Non, mais on mangera ce soir avec gaîté
La morue au vin cuit et le nougat lacté,
Oranges, raisins secs, marrons et figues sèches.
Dans un coin les enfants se construisent des crèches,
Théâtres où l'on met des pierres pour décor
Et de la mousse prise aux vieux murs, puis encore
Des arbres faits d'un brin de sauge, et sur ces cimes,
Le long des fins sentiers côtoyant ces abîmes,
Des pâtres et des rois se hâtent vers le lieu
Où vagit, entre l'âne et le bœuf, l'enfant-Dieu.
Lorsque naquit en lui la Parole nouvelle,
Le blé vert égayait la terre maternelle.
Or, dès la Sainte-Barbe, on fait (semé dans l'eau)
Lever pour la Noël un peu de blé nouveau :
Sur des plats blancs on voit, humble, verdir cette herbe,
Gage mystérieux de la future gerbe,
Qui dit : « Aimez. Croyez. Noël ! Voici Noël !
« Je suis le pain de vie et l'espoir éternel. »

Si l'on vit loin les uns des autres dans l'année,
Chacun du champ lointain, de la ville éloignée
Arrive, à la Noël, pour revoir les parents,
Les anciens, les petits qu'on retrouve plus grands ;
Pour boire le muscat dont l'odeur donne envie ;
Pour causer tous ensemble et se conter sa vie,
Pour montrer qu'on n'est pas des ingrats oublieux
Capables de laisser tout seuls mourir les vieux.

« A table ! » - L'on accourt. La sauce aux câpres fume ;
Le nougat luit ;… mais c'est une vieille coutume
Qu'avant de s'attabler on bénisse le feu.

La flamme rose et blanche avec un reflet bleu
Sort de la bûche où dort le soleil de Provence,
Et le plus vieux, avec le plus petit, s'avance :

Ô feu, dit-il, le froid est dur ; sois réchauffant
Pour le vieillard débile et pour le frêle enfant ;
Ne laisse pas souffrir les pieds nus sur la terre ;
Sois notre familier, ô consolant mystère !
Le froid est triste, mais non moins triste est la nuit ;
Et quand tu brilles l'ombre avec la peur s'enfuit ;
Prodigue donc à tous ta lumière fidèle :
Qu'elle glisse partout où l'on souffrit loin d'elle,
Et ne deviens jamais l'incendie, ô clarté !
Ne change pas en mal ta force et ta bonté ;
Ne dévore jamais les toits couverts de paille,
Ni les vaisseaux errants sur la mer qui tressaille,
Rien de ce qu'a fait l'homme, et qu'il eût fait en vain,
Ô feu brillant, sans toi notre allié divin. »

Le vieillard penche un verre, et le vin cuit arrose
La longue flamme bleue au reflet blanc et rose ;
Le carignié mouillé crépite, et tout joyeux,
Constellant l'âtre noir, fait clignoter les yeux.
On s'attable. La flamme étincelante envoie
Aux cristaux, aux regards, ses éclairs et sa joie ;
Le vieux tronc d'olivier qui gela l'autre hiver
Se consume, rêvant au temps qu'il était vert,
Aux baisers du soleil et même à ceux du givre ;
Tel, mourant dans la flamme, il se prend à revivre,
Et l'usage prescrit qu'on veille à son foyer,
Pour que, sans s'être éteint, il meure tout entier.
__________________


Louis FRECHETTE

VOIX DE NOËL

Le lourd battant de fer bondit dans l’air sonore,
Et le bronze en rumeur ébranle ses essieux...
Volez, cloches ! grondez, clamez, tonnez encore !
Chantez paix sur la terre et gloire dans les cieux !

Sous les dômes ronflants des vastes basiliques,
L’orgue répand le flot de ses accords puissants,
Montez vers l’Éternel, beaux hymnes symboliques !
Montez avec l’amour, la prière et l’encens !

Enfants, le doux Jésus vous sourit dans ses langes ;
À vos accents joyeux laissez prendre l’essor ;
Lancez vos clairs noëls : là-haut les petits anges
Pour vous accompagner penchent leurs harpes d’or.

Blonds chérubins chantant à la lueur des cierges,
Voix d’airain, bruits sacrés que le ciel même entend,
Sainte musique, au moins, gardez chastes et vierges,
Pour ceux qui ne croient plus, les légendes d’antan !
__________________


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Ce message a été édité - le 25-12-2020 à 11:00 par Laugierandre

Posté à 18h29 le 24 déc. 20

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Laugierandre

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Louis FRECHETTE

L'HIVER ÉTAIT BIEN RUDE.

L’hiver était bien rude, et plus d’un pauvre avait
Vu la fièvre et la faim s’asseoir à son chevet.
À maint foyer, malgré la froidure croissante,
La bûche de Noël, hélas ! était absente.
Que de petits souliers usés et décousus
Allaient être oubliés par le Petit-Jésus !
Noël ! – La rue était brillamment éclairée ;
Sur les trottoirs glissants une foule affairée
Des magasins ouverts assiégeait les abords ;
Mille objets attrayants s’étalait au-dehors,
En groupes à l’aspect plus ou moins symétrique,
Rutilant sous des flots de lumière électrique.
Partout rire et gaieté ; le givre éblouissant
Semblait chanter joyeux sous le pied du passant ;
Tout paraissait noyé dans des lueurs d’opale.
Un instant j’entrevis un enfant frêle et pâle,
Un tout petit garçon grelottant, mal vêtu,
Qui battait la semelle, et d’un air abattu,
Dévorait du regard un brillant étalage,
Des mille riens dorés qui plaisent tant à l’âge
Où l’on n’a pas encor le coeur rassasié.
Le petit mendiant semblait extasié.
J’allais moi-même entrer pour faire quelque emplette :
Jouets d’enfants, menus articles de toilette,
Bibelots si charmants à donner ce jour-là,
Lorsque, le coeur serré, j’entends crier : – Holà !
Au voleur ! qu’on l’empoigne ! Oh ! l’affreux /
misérable !
Police ! En un instant la foule inexorable
Avait appréhendé le délinquant ; c’était
Le malheureux gamin ; hagard, il haletait
Au poignet d’un sergent et sous l’âpre huée,
Tandis que sa main gourde et mal habituée
Au métier de l’opprobre essayait gauchement,
Sous les lambeaux troués d’un pauvre vêtement,
De cacher une raide et pimpante poupée.
Le voleur était pris. L’âme préoccupée,
Je poursuivis ma route. Or, en rentrant chez moi,
J’embrassai mes enfants, ce soir-là, plein d’émoi ;
Je ne sais trop pourquoi l’action insensée
Du petit inconnu tourmentait ma pensée.
Et quand, la nuit venue, écartant les rideaux,
En tapinois j’allai déposer mes cadeaux,
Je revis – un hoquet de toux à la poitrine –
L’enfant déguenillé penché vers la poitrine.
Je le vis tout tremblant, avec avidité,
Porter sa main transie à l’objet convoité,
Entrouvrir les haillons qui le couvraient à peine,
L’y cacher, et soudain fuir à perte d’haleine.
Puis la police, puis le procès, la prison...
Enfin le déshonneur, le deuil à la maison !

Une première faute... Un orphelin peut-être...
Malgré moi je plaignais le pauvre petit être.
Si bien que je ne sais quel prétexte banal
Me conduisit deux jours plus tard au tribunal.
Entre deux vagabonds et deux filles de bouges
Le petit comparut livide et les yeux rouges.
Son histoire était courte et triste. Cet enfant,
Hélas ! était de ceux que la loi ne défend,
Qu’à regret, dirait-on ; classe déshéritée
De malheureux sans pain n’ayant que la dictée
De leur coeur, ici-bas, pour supporter leur lot.
Trois ans auparavant, frappé par un ballot
Qu’il arrimait à bord d’un brick faisant escale,
Son père était tombé sans vie à fond de cale.
Et la mère avait dû, de saison en saison,
Peiner pour apporter du pain à la maison.
Lui-même – le petit – avait payé sa dette
À la famille, ayant gardé sa soeur cadette,
Lorsque la mère allait travailler au dehors.
Et puis la maladie était venue ; alors
Il avait à son tour dû chercher de l’ouvrage.
Tout ce qu’un pauvre enfant peut avoir de courage,
Il l’avait dépensé sans plainte, avec douceur,
Pour sa mère clouée au chevet de sa soeur...
Ce soir-là même, ayant vu pleurer la petite
En songeant à Noël, il était sorti vite,
Et, le coeur gros, avait à mainte porte osé
Mendier un cadeau qu’on avait refusé.
C’est pour elle, monsieur, oui, pour ma soeur mourante
Que j’ai volé, dit-il d’une voix déchirante ;
C’est la première fois !
Et l’enfant, à ces mots,
Se cacha le visage, et, fondant en sanglots,
S’affaissa lourdement sur la banquette infâme.
Et je sortis, plaignant dans le fond de mon âme
Les juges (leur devoir veut quelquefois cela)
Condamnés à punir de ces criminels-là !
___________________


VETTE DE FONCLARE

LE CIEL BLEU PROVENCAL

Il y a depuis peu quelque chose dans l’air,
Bien plus d’animation et de vie. La lumière
Dégouline partout en torrent dans les rues :
Des maisons, des sapins, des vitrines, des nues …

Le ciel bleu provençal joue le jeu lui aussi :
Ca fait presque huit jours qu’il fait dans le Midi
Un bon temps sec et doux. Le mistral tout perclus
Sait malgré sa folie qu’il serait malvenu

De souffler pour gâcher l’enthousiasme et la fête.
Un groupe de chanteurs s’époumone à tue-tête :
C’est l’Armée du Salut qui sait se souvenir

Que ce remue-ménage et ces cris et ces rires,
C’est le joyeux rappel qu’un tout petit-enfant
S’en vint en notre monde il y a deux mille ans.
__________________

Amable TASTU

LA NEIGE

Si peu nombreux encore, tes jours coulent bien sombres,
Jeune année, et ton front est enveloppé d'ombres.
De ces nuages noirs, qui déguisent les cieux,
Descendant les frimas à flots silencieux.
Comme le froid chagrin sur une âme oppressée,
La neige sur le sol tombe lente et glacée.
Dans mes yeux abattus je sens rouler des pleurs !
Hélas! mon cher pays, qu'as-tu fait de tes fleurs ?
Quel sinistre pouvoir a flétri ta parure ?
En vain mon cœur gémit et ma bouche murmure ;
Demain, hélas! demain, de ses blancs tourbillons
La neige aura comblé tes fertiles sillons ;
Les oiseaux, que la bise atteint dans leurs retraites,
Demain s'exileront de tes forêts muettes ;
Demain ces flots nombreux qui, dans leur liberté.
Te vont porter la vie et la fécondité,
S'arrêteront captifs, et ce réseau de glace
Comme un voile de mort couvrira ta surface !
Mais ce linceul pesant, sous sa morne pâleur,
Double en la comprimant la féconde chaleur :
Telle, dans nos hameaux la couveuse fidèle
Cache un germe inconnu sous l'ombre de son aile,
Et peut-être, trompée en son aveugle amour,
S'étonnera des fruits qui vont éclore au jour.
Déjà dans sa puissance où la terre se fie
Fermente sourdement le principe de vie ;
Déjà la sève errante en ses mille canaux
Promet aux troncs vieillis des rejetons nouveaux,
Et sur le froid sommeil de la nature entière
Plane un songe d'espoir, de joie et de lumière.
Pour hâter le moment d'un glorieux réveil,
France, que te faut-il ? Un rayon du soleil !
Le soleil, il est là, brillant sous ce nuage,
Comme la vérité, dont son astre est l'image :
Comme elle aussi, couvert d'un voile passager,
Qui l'obscurcit un jour, mais ne peut le changer.
Ah ! si l'ombre est rapide et lui seul immuable,
S'il faut subir du temps le cours inexorable,
Si le plus long hiver est suivi d'un printemps,
Il vient ! l'hiver s'enfuit ; le temps vole !... j'attends !
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Ce message a été édité - le 25-12-2020 à 11:34 par Laugierandre

Posté à 11h32 le 25 déc. 20

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Laugierandre

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Camille SOUBISE

LE NOËL DES PETITS OISEAUX

Les verts sapins de la vallée
Ce soir sont habillés de blanc,
Car de Noël c'est la veillée,
Et minuit s'avance à pas lents.
Plus d'un petit oiseau frissonne
Car il a neigé sur les toits.
Mais chut ! voyez l'heure qui sonne,
Entendez-vous ces douces voix.

Il est minuit et Jésus vient de naître
Pour protéger les nids et les berceaux ;
Le ciel est bleu, le printemps va renaître
Noël, Noël pour les petits oiseaux
Noël, Noël pour les petits oiseaux.

Merles pinsons, bergeronnettes
Se réveillant tous à la fois
Comme au bon temps des pâquerettes
Soudain font retentir les bois,
Voyant que la neige étincelle
Et que l'étoile brille aux cieux,
Ces chers mignons battant de l'aile
Redisent dans leurs chants joyeux

Les roitelets, les rouges gorges
Quittant les toits et les buissons,
Gazouillant comme au temps de mages,
Et l'air était plein de chansons.
Puis croyant au réveil du monde
Et préparant déjà leurs nids
Ils cherchaient de la laine blonde
Pour abriter tous leurs petits.

Mais tout à coup la nuit s'achève,
Voici l'aurore au front vermeil,
Et ne sachant si c'est un rêve
Chacun se dit "Quel doux soleil" !
Car Noël sur les plaines blanches
A fait luire un beau rayon d'or ;
Pis sur les toits et sous les branches
On entend gazouiller encore.

L'ombre s'enfuit, le jour vient de paraître
Pour éclairer les nids et les berceaux ;
Le ciel est bleu le printemps va renaître :
Noël, Noël pour les petits oiseaux,
___________________


ANONYME

UNIQUE ÉTOILE

C'était au seuil d'un froid Minuit...
Le ciel, capitonné de neige,
étendait ses sombres pourpris
sur la nature, prise au piège.
Une lassitude sans bornes
paralysait tous mes pensers
sous la voûte compacte et morne
s'incurvant sur ce sol glacé.

En cette nuit de gel sévère,
au ciel uniformément gris,
la plaine étirait mon suaire
dont ne frémissait pas un pli.

" Sombre fin d'une sombre année !
Mais, soudain, de lointains clochers
jetèrent leur carillonnée
sur le paysage figé.

Or ce fut comme si leur chant
déchirant la coupole obscure,
ouvrait là-haut, en cet instant,
une imperceptible échancrure

Et cette immobile fissure
s'élargissait, s'élargissait,
délimitant une embrasure
Où, nettement, j'apercevais, -
ô merveille paradoxale ! -
gemmes d'or du noir firmament
une seule, une unique étoile
dissipant mon accablement.

En cette amère fin d'année,
la messagère de l'espoir
me rappelait la randonnée
des Mages, certain autre soir...

Et cette clarté solitaire
m'évoquait le regard divin
de l'Enfant, venu sur la Terre
pour le rachat du genre humain.

Ah ! que m'étaient ce ciel d'absinthe
et cette neige à geler loups,
quand au cieux s'inscrivait l'empreinte
du plus sublime rendez-vous !
__________________


Jean DEBRUYNNE

VIENS RÉCHAUFFER

Viens réchauffer tes mains mon frère
On dit que nous avons un dieu
Que ce n'est pas un militaire...
Ni l'empereur, ni son neveu
Que ce n'est pas de ces notables
Ni de ces bourgeois triomphants
On dit qu'il est né à l'étable
On dit que Dieu n'est qu'un enfant.

Viens réchauffer tes mains trop maigres
On dit que tu as la peau noire
On dit que tu es un sale nègre
Qu'il vaut mieux changer de trottoir
On dit que ma petite "caille"
L'enfant est né à minuit
Qu'il faisait si noir sur la paille
Sa peau était couleur de nuit.

Viens réchauffer tes deux mains jaunes
Tes poissons maigres de coolies
On dit que tu mendies l'aumône
Le sang d'une poignée de riz
Qu'on a bombardé vos paroles
Brûlé la fleur, brûlé le champ
On a dit aussi qu'un roi Hérode
A voulu supprimer l'Enfant.

Viens réchauffer tes mains, mon frère
On dit qu'il nous est né un Dieu
Qu'il est né en terre étrangère
Et moi... j'ai oublié le lieu
Toi qui habites le silence
Tes poings serrant un bout de pain
Je voudrais voir si sa naissance
Tu ne la tiens pas dans tes mains.
___________________


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Posté à 18h44 le 26 déc. 20

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Laugierandre

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ANONYME

CHRISTUS NATUS

La neige sur la terre étend son blanc manteau ;
Le ciel est étoilé ; le souffle de la bise,
Passant comme un frisson, agite le rameau
Qui, léger, se balance à la branche indécise.

Dans la ville bruyante et dans l'humble hameau,
La foule, en beaux habits, se presse vers l'église :
Il n'est fête plus belle, il n'est pas jour plus eau
Que ta fête, ô Noël ! que la nuit poétise.

Cloches, sonnez, sonnez et vibrez dans les airs ;
De vos accents joyeux remplissez l'univers
Pour célébrer Celui qui naquit dans l'étable.

Dix-neuf siècles passés sur ce sol misérable
N'ont point fait oublier, à cette heure, en tout lieu,
Que ce petit Enfant, ce Jésus, c'était Dieu !
_________________


Rosemonde GÉRARD ROSTAND

RÊVE DE NOËL

Ainsi qu’ils le font chaque année,
En papillotes, les pieds nus,
Devant la grande cheminée,
Les bébés roses sont venus.

Derrière une bûche, ils ont même,
Tandis qu’on ne les voyait pas,
Mis, par précaution suprême,
Leurs petits chaussons et leurs bas.

Puis leurs paupières se sont closes
A l’ombre des rideaux amis…
Les bébés blonds, les bébés roses,
En riant se sont endormis.

Et jusqu’à l’heure où l’aube enlève
Les étoiles du firmament,
Ils ont fait un si joli rêve,
Qu’ils riaient encore en dormant.

Ils rêvaient d’un pays magique,
Où l’alphabet fut interdit.
Les arbres étaient d’angélique,
Les maisons, de sucre candi.

Et sur les trottoirs de réglisse,
On rencontrait – c’était charmant !
Des bonshommes de pain d’épice
Qui vous saluaient gravement.

Dans ce doux pays de féerie,
A guignol on va chaque jour,
Et l’on voit, sur l’herbe fleurie,
Des lapins jouer du tambour.

Sur de hautes escarpolettes,
Bercés par les anges, on dort.
Là, tous les chiens ont des roulettes,
Tous les moutons, des cornes d’or.

Mais comme venait d’apparaître
En personne, le Chat Botté,
Le jour, entrant par la fenêtre,
A mis fin au rêve enchanté..

Alors, en d’adorables poses,
S’étirant sur leurs oreillers,
Les bébés blonds, les bébés roses,
En riant se sont éveillés.
__________________


Carmen LAVOIE

SABOTS DES SANS-NOËL

Les deux petits sabots fêlés
Dans les grands chemins désolés,
Où vont-ils, chantant sur la grêle
Dont s’est clair verni leur bois frêle,
Les deux petits sabots tout blancs,
Aux petits pieds tout bleus dedans ?

Ils s’en vont fuyant l’âtre, au gel
Car les sabots des sans-noël,
Ô pourquoi ? retrouvés pleins d’ombre
Font au jour, deux trous au cœur sombre,
Les deux pauvres sabots navrants
Sans petits pieds de gueux dedans.

Décembre a des sabots trop grands.
__________________


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Ce message a été édité - le 27-12-2020 à 17:52 par Laugierandre

Posté à 17h50 le 27 déc. 20

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José-Maria de HEREDIA

LES ROIS MAGES

Donc, Balthazar, Melchior et Gaspard, les Rois Mages,
Chargés de nefs d'argent, de vermeil et d'émaux,
Et suivis d'un très long cortège de chameaux,
S'avancent, tels qu'ils sont dans les vieilles images.

De l'Orient lointain, ils portent les hommages
Aux pieds du Fils de Dieu, né pour guérir les maux
Que souffrent ici-bas l'homme et les animaux.
Un page noir soutient leurs robes à ramages.

Sur le seuil de l'étable où veille Saint Joseph,
Ils ôtent humblement la couronne du chef
Pour saluer l'Enfant qui rit et les admire.

C'est ainsi qu'autrefois, sous Augustus César,
Sont venus, présentant l'or, l'encens et la myrrhe,
Les rois mages Gaspard, Melchior et Balthazar.
__________________


Pernette CHAPONNIÈRE

LE SAPIN DE NOËL

Le petit sapin sous la neige
Rêvait aux beaux étés fleuris.
Bel été quand te reverrai-je ?
Soupirait-il sous le ciel gris.
Dis moi quand reviendra l’été !
Demandait-il au vent qui vente
Mais le vent sans jamais parler
S’enfuyait avec la tourmente.
Vint à passer sur le chemin
Un gaillard à grandes moustaches
Hop là ! en deux coups de sa hache,
A coupé le petit sapin.
Il ne reverra plus l’été,
Le petit sapin des montagnes,
Il ne verra plus la gentiane,
L’anémone et le foin coupé.
Mais on l’a paré de bougies,
Saupoudré de neiges d’argent.
Des clochettes de féerie
Pendent à ses beaux rameaux blancs.
Le petit sapin de Noël
Ne regrette plus sa clairière
Car il rêve qu’il est au ciel
Tout vêtu d’or et de lumière.
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Posté à 12h49 le 28 déc. 20

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Théophile GAUTIER

NOËL

Le ciel est noir, la terre est blanche ;
- Cloches, carillonnez gaîment ! -
Jésus est né ; - la Vierge penche
Sur lui son visage charmant.

Pas de courtines festonnées
Pour préserver l'enfant du froid ;
Rien que les toiles d'araignées
Qui pendent des poutres du toit.

Il tremble sur la paille fraîche,
Ce cher petit enfant Jésus,
Et pour l'échauffer dans sa crèche
L'âne et le bœuf soufflent dessus.

La neige au chaume coud ses franges,
Mais sur le toit s'ouvre le ciel
Et, tout en blanc, le chœur des anges
Chante aux bergers : " Noël ! Noël ! "
__________________


Sir David WILLCOCKS

QUELLE EST CETTE ODEUR AGREABLE ?

Quelle est cette odeur agréable,
Bergers qui ravit tous nos sens?
S'exhale t'il rien de semblable
Au milieu des fleurs du printemps ?
Quelle est cette odeur agréable
Bergers qui ravit tous nos sens ?

Mais quelle éclatante lumière
Dans la nuit vient frapper nos yeux !
L'astre de jour, dans sa carrière,
Fût-il jamais si radieux ?
Mais quelle éclatante lumière
Dans la nuit vient frapper nos yeux !

A Bethlehem, dans une crèche,
Il vient de vous naître un Sauveur;
Allons, que rien ne vous empêche
D'adorer votre Rédempteur.
A Bethlehem, dans une crèche,
Il vient de vous naître un Sauveur.

Dieu tout puissant, gloire éternelle
Vous soit rendue jusqu'aux cieux.
Que la paix soit universelle
que la grâce abonde en tous lieux.
Dieu tout puissant, gloire éternelle
Vous soit rendue jusqu'aux cieux.
__________________


Jovette-Alice BERNIER

ÉTRENNES

Dans ma chaussette, bon Jésus,
Dis-moi, que déposeras-tu ?

Moi, j’avais rêvé pour étrennes
D’une chose peut-être vaine :

C’est un trésor que j’ai perdu
Et que je ne retrouve plus.

Depuis si longtemps, je médite,
Attendant ta bonne visite.

On m’a pris mon cœur, bon Jésus,
Et je le voudrais sans surplus.

Mets-le dans ma chaussette rose
Et n’ajoute rien autre chose

Qu’un baiser pour le douilletter,
Car l’amour l’a tant maltraité...
__________________


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Ce message a été édité - le 29-12-2020 à 12:28 par Laugierandre

Posté à 12h22 le 29 déc. 20

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Laugierandre

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Guillaume APOLLINAIRE

LES SAPINS

Les sapins en bonnets pointus
De longues robes revêtus
Comme des astrologues
Saluent leurs frères abattus
Les sapins qui sur le Rhin voguent

Dans les sept arts endoctrinés
Par les vieux sapins leurs aînés
Qui sont de grands poètes
Ils se savent prédestinés
A briller plus que des planètes

A briller doucement changés
En étoiles et enneigés
Aux Noëls bienheureuses
Fêtes des sapins ensongés
Aux longues branches langoureuses
________________


Rosemonde GÉRARD

BONNE ANNÉE

Bonne année à toutes les choses,
Au monde, à la mer, aux forêts.
Bonne année à toutes les roses
Que l’hiver prépare en secret.

Bonne année à tous ceux qui m’aiment
Et qui m’entendent ici-bas.
Et bonne année aussi, quand même,
À tous ceux qui ne m’aiment pas.
__________________


Pierre MENANTEAU

LE PREMIER JOUR DE L'AN

Les sept jours frappent à la porte.
Chacun d'eux vous dit : lève-toi !
Soufflant le chaud, soufflant le froid,
Soufflant des temps de toute sorte
Quatre saisons et leur escorte
Se partagent les douze mois.
Au bout de l'an, le vieux portier
Ouvre toute grande la porte
Et d'une voix beaucoup plus forte
Crie à tout vent : premier janvier !
__________________


Arthur RIMBAUD

LE NOUVEL AN

Ah ! quel beau matin, que ce matin des étrennes !
Chacun , pendant la nuit, avait rêvé des siennes
Dans quel songe étrange où l'on voyait joujoux,
Bonbons habillés d'or, étincelants bijoux,
Tourbillonner, danser une danse sonore,
Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore !
On s'éveillait matin, on se levait joyeux ,
La lèvre affriandée, en se frottant les yeux ...
On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,
Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours de fête,
Et les petits pieds nus effleurant le plancher,
Aux portes des parents tout doucement toucher ...
On entrait ! ...puis alors les souhaits ... en chemise,
Les baisers répétés, et la gaieté permise !
__________________


Francis JAMMES

IL VA NEIGER

Il va neiger dans quelques jours. Je me souviens
De l'an dernier. Je me souviens de mes tristesses
Au coin du feu. Si l'on m'avait demandé : "Qu'est-ce ?"
J'aurais dit : "Laissez-moi tranquille. Ce n'est rien".

J'ai bien réfléchi, l'année d'avant, dans ma chambre,
Pendant que la neige lourde tombait dehors.
J'ai réfléchi pour rien. A présent comme alors
Je fume une pipe en bois avec un bout d'ambre.

Ma vieille commode en chêne sent toujours bon.
Mais moi j'étais bête parce que ces choses
Ne pouvaient pas changer et que c'est une pose
De vouloir chasser les choses que nous savons.

Pourquoi donc pensons-nous et parlons-nous ? C'est drôle ;
Nos larmes et nos baisers, eux ne parlent pas,
Et cependant nous les comprenons, et les pas
D'un ami sont plus doux que de douces paroles.

On a baptisé les étoiles sans penser
Qu'elles n'avaient pas besoin de nom, et les nombres
Qui prouvent que les belles comètes dans l'ombre
Passeront, ne les forceront pas à passer.

Et maintenant même, où sont mes vieilles tristesses
De l'an dernier ? A peine si je me souviens.
Je dirais : "Laissez-moi tranquille, ce n'est rien,"
Si dans ma chambre on venait me demander "Qu'est-ce ?"


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Posté à 10h43 le 30 déc. 20

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Laugierandre

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Jean RICHEPIN

BALLADE DE NOËL

C’est vrai qu’il vient et qu’on le crie !
Mais non sur un clair olifant,
Quand on a la gorge meurtrie
Par l’hiver à l’ongle griffant.
Las ! Avec un râle étouffant
Il est salué chaque année
Chez ceux qu’il glace en arrivant,
Ceux qui n’ont pas de cheminée.

Il jasait, la mine fleurie,
Plus joyeux qu’un soleil levant,
Apportant fête et gâterie,
Bonbons, joujoux, cadeaux, devant
Le bébé riche et triomphant.
Mais quelle âpre et triste journée
Pour les pauvres repus de vent
Ceux qui n’ont pas de cheminée.

Heureux le cher enfant qui prie
Pour son soulier au nœud bouffant,
Afin que Jésus lui sourie !
Aux gueux, le sort le leur défend.
Leur soulier dur, crevé souvent,
Dans quelle cendre satinée
Le mettraient-ils, en y rêvant,
Ceux qui n’ont pas de cheminée ?

ENVOI

Prince, ayez pitié de l’enfant
Dont la face est parcheminée,
Faites Noël en réchauffant
Ceux qui n’ont pas de cheminée.
_________________


José-Maria de HEREDIA (1842-1905)

ÉPIPHANIE

Donc, Balthazar, Melchior et Gaspar, les Rois Mages,
Chargés de nefs d'argent, de vermeil et d'émaux
Et suivis d'un très long cortège de chameaux,
S'avancent, tels qu'ils sont dans les vieilles images.

De l'Orient lointain, ils portent leurs hommages
Aux pieds du fils de Dieu, né pour guérir les maux
Que souffrent ici-bas l'homme et les animaux ;
Un page noir soutient leurs robes à ramages.

Sur le seuil de l'étable où veille saint Joseph,
Ils ôtent humblement la couronne du chef
Pour saluer l'Enfant qui rit et les admire.

C'est ainsi qu'autrefois, sous Augustus Caesar,
Sont venus, présentant l'or, l'encens et la myrrhe,
Les Rois Mages Gaspar, Melchior et Balthazar.
_________________


Tristan DEREME

BONNE ANNÉE

Voici la nouvelle année
Souriante, enrubannée,
Qui pour notre destinée,
Par le ciel nous est donnée :
C'est à minuit qu'elle est née.
Les ans naissent à minuit
L'un arrive, l'autre fuit.
Nouvel an ! Joie et bonheur !
Pourquoi ne suis-je sonneur
De cloches, carillonneur,
Pour mieux dire à tout le monde
À ceux qui voguent sur l'onde
Ou qui rient dans leurs maisons,
Tous les vœux que nous faisons
Pour eux, pour toute la Terre
Pour mes amis les enfants
Pour les chasseurs de panthères
Et les dompteurs d'éléphants.
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Posté à 10h54 le 31 déc. 20

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Suite à une suppression de compte, les messages de ce membre ont été supprimés, veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée

Posté à 11h04 le 31 déc. 20

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Laugierandre

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Bonjour JEAN-MI,

Oui, ce sera plus que 80 poèmes sur Noël et le Jour de l'an qui auront été postés, en ces fêtes de fin d'année.

Un petit cadeau que j'ai voulu offrir à tous nos Ami(e)s du forum, avec ces morceaux choisis, constituant une véritable anthologie.

Certains, sans doute, les imprimeront pour se constituer un recueil, pour pouvoir ensuite les relire et en apprécier le bienfait de ces mots d'espérances et de convictions. Lire de la poésie fait partie de l'humanité, et l'humanité est faite d'Amour et de passion. Elle est le plus doux langage universel.

MERCI pour tes bons voeux. Je t'adresse les miens, tout aussi sincères et une année d'ivresse et d'affection en parfaite connivence avec ta muse.

Bon bout d'an, Cher JEAN-MI.

Ma bien loyale Amitié et considération.

ANDRÉ

Salut Salut Salut



Ce message a été édité - le 31-12-2020 à 12:43 par Laugierandre

Posté à 12h41 le 31 déc. 20

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Laugierandre

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Edmond ROSTAND

LES ROIS MAGES

Ils perdirent l'étoile, un soir ; pourquoi perd-on
L'étoile ? Pour l'avoir parfois trop regardée,
Les deux rois blancs, étant des savants de Chaldée,
Tracèrent sur le sol des cercles au bâton.
Ils firent des calculs, grattèrent leur menton,
Mais l'étoile avait fuit, comme fuit une idée.
Et ces hommes dont l'âme eût soif d'être guidée
Pleurèrent, en dressant des tentes de coton.
Mais le pauvre Roi noir, méprisé des deux autres,
Se dit "Pensons aux soifs qui ne sont pas les nôtres,
Il faut donner quand même à boire aux animaux."
Et, tandis qu'il tenait son seau d'eau par son anse,
Dans l'humble rond de ciel où buvaient les chameaux
Il vit l'étoile d'or, qui dansait en silence.
_________________


Simon PELLEGRIN (1663-1745)

VENEZ, DIVIN MESSIE

Venez, divin Messie,
Sauver nos jours infortunés ;
Venez, source de vie,
Venez, venez, venez.

Ah ! descendez, hâtez vos pas,
Sauvez les hommes du trépas,
Secourez-nous, ne tardez pas.
Venez, divin Messie,
Sauver nos jours infortunés ;
Venez, source de vie,
Venez, venez, venez.

Ah ! désarmez votre courroux ;
Nous soupirons à vos genoux ;
Seigneur, nous n'espérons qu'en vous.
Pour nous livrer la guerre,
Tous les enfers sont déchaînés ;
Descendez sur la terre,
Venez, venez, venez.

Que nos soupirs soient entendus !
Les biens que nous avons perdus
Ne nous seront-ils point rendus ?
Voyez couler nos larmes.
Grand Dieu, si vous nous pardonnez,
Nous n'aurons plus d'alarmes ;
Venez, venez, venez.

Eclairez-nous, divin flambeau ;
Parmi les ombres du tombeau,
Faites briller un jour nouveau.
Au plus affreux supplice
Nous auriez-vous abandonnés ?
Venez, Sauveur propice,
Venez, venez, venez.

Si vous venez en ces bas-lieux,
Nous vous verrons victorieux
Fermer l'enfer, ouvrir les cieux.
Nous l'espérons sans cesse ;
Les cieux nous furent destinés ;
Tenez votre promesse,
Venez, venez, venez.

Ah ! Puissions-nous chanter un jour,
Dans votre bienheureuse cour,
Et votre gloire, et votre amour !
C'est là l'heureux partage
De ceux que vous prédestinez ;
Donnez-nous-en le gage,
Venez, venez, venez.
_________________


Maurice CARÊME

LE GIVRE

Mon dieu comme ils sont beaux
Les tremblants animaux
Que le givre a fait naître
La nuit sur ma fenêtre !

Ils broutent des fougères
dans un bois plein d'étoiles,
Et l'on voit la lumière
À travers leur corps pâles.

Il y a un chevreuil
Qui me connaît déjà ;
Il soulève pour moi
Son front d'entre les feuilles,

Et quand il me regarde,
Ses grands yeux sont si doux
Que je sens mon cœur battre
Et trembler mes genoux.

Laissez-moi, ô décembre !
Ce chevreuil merveilleux.
Je resterai sans feu
Dans ma petite chambre.
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Posté à 12h38 le 01 janv. 21

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Laugierandre

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Maud-Elisa GIVAUDAN

LE NOUVEL AN

Tout grelottant et tout nu
Nouvel an ! Sois le bienvenu !
Peut-être as-tu deux fils de laine
Pour la pauvre Madeleine ?

Un grain de blé pour le champ
Du vieux paysan ?
sans doute as-tu un peu de bien
Un peu de riz pour l'indien ?

Et cachée sous ta mante brune
La pierre de Lune ?
Pour le Désert la moitié
D'une goutte... d'une goutte...

Et pour le monde entier
Qui t'écoute... qui t'écoute...
Du nord au sud, de branche en brin
De l'Amour... un brin

Tout grelottant et tout nu
Nouvel an ! Sois le bienvenu !
___________________

Louise PAULIN

NOUVELLE ANNÉE

Nouvelle année, année nouvelle,
Dis-nous, qu'as-tu sous ton bonnet ?
J'ai quatre demoiselles
Toutes grandes et belles
La plus jeune, en dentelles,
La seconde en épis,
La cadette est en fruits
Et la dernière en neige.
Voyez le beau cortège !
Nous chantons, nous dansons
La ronde des saisons.
________________

Louis-Honoré FRÉCHETTE

TEMPUS EDAX RERUM

Vents qui secouez les branches pendantes
Des sapins neigeux au front blanchissant;
Qui mêlez vos voix aux notes stridentes
Du givre qui grince aux pieds du passant;
Nocturnes clameurs qui montez des vagues,
Quand l’onde glacée entre en ses fureurs;
Bruits sourds et confus, rumeurs, plaintes vagues
Qui troublez du soir les saintes horreurs;
Craquements du froid, murmures des ombres,
Frissons des forêts que l’hiver étreint,
Taisez-vous!… Du haut des vastes tours sombres,
La cloche a jeté ses sanglots d’airain!…
Voix mystérieuse au fond du ciel blême,
Le bronze a sonné douze coups, – minuit!
C’est le dernier mot, c’est l’adieu suprême
Que le présent jette au passé qui fuit.
Minute fatale, insensible étape,
Rapide moment sitôt emporté,
Cet instant qui naît et qui nous échappe
A fait faire un pas à l’Éternité!
Plus prompt que l’éclair ou l’oiseau qui vole,
Ce temps qu’on dépense en voeux superflus,
Ce temps qu’on gaspille en calcul frivole,
Quand on va l’atteindre, il n’est déjà plus!

Un an vient de finir, un autre commence…
Penseurs érudits, raisonneurs subtils,
Vous qui disséquez la nature immense,
Ces ans qui s’en vont, dites, où vont-ils?

Ils vont où s’en va tout ce qui s’effondre;
Où vont nos destins à peine aperçus;
Dans l’abîme abrupt où vont se confondre
Avec nos bonheurs nos espoirs déçus;

Ils vont où s’en va la vaine fumée
De tous nos projets de gloire et d’amour;
Où va le géant, où va le pygmée,
L’arbre centenaire et la fleur d’un jour;

Où vont nos sanglots et nos chants de fête,
Où vont jeunes fronts et chefs tremblotants,
Où va le zéphyr, où va la tempête,
Où vont nos hivers, où vont nos printemps!…

Temps! Éternité! mystère insondable!
Tout courbe le front devant vos grandeurs.
Problème effrayant, gouffre inabordable,
Quel oeil peut plonger dans vos profondeurs?
Atomes sans nom perdus dans l’espace,
Nous roulons sans cesse en flots inconstants:
Seul le Créateur, devant qui tout passe,
Immuable, plane au-dessus des temps.
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Je remercie vivement toutes celles et ceux qui, durant ce mois de décembre 2020 et jusqu'à aujourd'hui, ont honoré ce topic par leurs fidèles visites.

J'espère que ce petit cadeau de Noël, qui me tenait à coeur, aura permis, avec ces rendez-vous quotidiens, de renouer avec la féerie poétique des auteurs qui ont consacré quelques uns de leurs poèmes, à cet enchantement des mots, du coeur et de l'esprit, dans une atmosphère conviviale renforçant notre passion et notre Amitié.

ANDRÉ




Ce message a été édité - le 02-01-2021 à 12:05 par Laugierandre

Posté à 11h50 le 02 janv. 21

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