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Noël ensemble (compilation pour les fêtes)

Par : Laugierandre

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Laugierandre

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ANONYME

PENSÉES DE NOËL

Noël, mais c'est l'amour, la divine naissance,
La venue de l'enfant sur la paille couché.
C'est le monde à genoux plein de reconnaissance,
Qui oublie pour un jour ses plaies et le péché.

C'est la joie des bambins qui guettent la venue
Du bonhomme au traîneau galopant dans le ciel.
Ce sont les chants si beaux d'émotion contenue
Qui montent dans la nuit pour louer l'éternel.

Mais c'est hélas aussi la grande solitude
De ceux pour qui le sort ne fait pas de crédit.
Ceux qui savent déjà que la vie bien trop rude
Leur refuse ici-bas un coin de paradis.

Noël, mais qu'est-ce donc pour l'enfant bien trop tendre
Que la guerre a meurtri dans sa chair, dans son coeur.
Lui qui cette nuit là essaiera de comprendre
Pourquoi il n'a pas droit à sa part de bonheur.

Noël ce sera toi, que malgré la distance,
En ce jour précieux je saurai près de moi.
Nous nous retrouverons, nous aurons cette chance,
Et je te redirai le bonheur d'être toi.

Sonnez, carillonnez cloches de mon église.
Allez dire partout qu'un sauveur nous est né.
Malgré ce monde fou, il faut que l'on se dise,
Que pour un jour encor, l'amour nous est donné.
__________________


Pierre DUPONT

LE NOËL DES PAYSANS

Noël ! des étables aux granges,
Chantez, vallons, dansez, hauteurs !
Jésus descend, quitte ses anges
Pour le bœuf, l’âne et les pasteurs.

En attendant la messe on veille,
On babille, on chante Noël ;
Dans les récits de la plus vieille
La jeune met son grain de sel.

Garçons joufflus, que l’on s’empresse,
Tout frais rasés, vêtus de drap !
Filles en blanc, vite à la messe !
Une étoile vous guidera.

Noël ! des étables aux granges,
Chantez, vallons, dansez, hauteurs !
Jésus descend, quitte ses anges
Pour le bœuf, l’âne et les pasteurs.

Quand à la file on communie,
L’orgue joue un air de hautbois ;
Quand toute la messe est finie,
On s’éparpille dans les bois.

Il fait si doux ! l’âme est contente.
J’entends un amoureux qui dit :
« Cette nuit, le rossignol chante,
La rose a fleuri cette nuit. »

Noël ! des étables aux granges,
Chantez, vallons, dansez, hauteurs !
Jésus descend, quitte ses anges
Pour le bœuf, l’âne et les pasteurs.

Jésus fait dans notre nuit noire,
Pauvres gens ! luire une clarté :
À sa santé nous devons boire,
Avec lui naît l’égalité.

Grands et puissants à mine altière,
Donnez s’il vous plaît un regard
Au roi du ciel et de la terre,
Né sur la paille d’un hangar.

Noël ! des étables aux granges,
Chantez, vallons, dansez, hauteurs !
Jésus descend, quitte ses anges
Pour le bœuf, l’âne et les pasteurs.
_________________


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Posté à 11h25 le 05 déc. 20

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Laugierandre

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François COPPÉE

L'ÉTOILE DES BERGERS

Quand dans la froide nuit, au ciel
Dont les champs infinis s’azurent,
Passa l’étoile de Noël,
De pauvres bergers l’aperçurent.

Laissant là chèvres et moutons,
Prenant crosses et sacs de toile,
Ils dirent aussitôt : Partons !
Et suivirent l’errante étoile.

Les autres, amis du repos,
Les prudents et les économes,
Rirent, en gardant leurs troupeaux,
De la démence de ces hommes.

Quand ils revinrent, étonnés,
Contant, comme un fait véritable
Que l’astre les avait menés
Voir un enfant dans une étable,

Des voleurs avaient, à ces fous,
Pendant leur absence funeste,
Pris bien des brebis, et les loups
Dévoraient déjà tout le reste ;

Et l’on se moqua beaucoup d’eux :
« Garder son bien, voilà l’utile !
Pourquoi donc courir, hasardeux,
Après une étoile qui file ? »

Mais souffrir et n’avoir plus rien
Contentait ces humbles apôtres ;
Le peu qui leur restait de bien,
Ce fut pour le donner aux autres.

Fidèles au divin signal
Qu’ils avaient suivi sans rien dire,
Ils rendaient le bien pour le mal
Et pour outrage un sourire.

La nuit, près du fleuve, en secret,
Ils chantaient en chœur, sous les saules,
Et quand un agneau s’égarait,
Ils le portaient sur leurs épaules ;

Bons, ils pardonnaient au méchant
Et par un merveilleux mystère,
Ils absolvaient, en les touchant,
Tous les pécheurs de cette terre.

Et les autres bergers, pleins d’or,
Dont l’avarice méprisable
Creusait, pour y mettre un trésor,
Des trous dans la chaleur du sable,

Avaient des haines d’envieux
Pour ces pauvres de sainte mine
Qui gardaient au fond de leurs yeux
Un peu de l’étoile divine.
_________________


Madame de TERSAC

LES CLOCHES


Cloches, cloches, ébranlez-vous
En ding-dings sonores et doux !
Qui, vous comprenant, ne vous aime ?
Il n’est pas de fêtes sans vous...
Cloches, cloches, ébranlez-vous,
Pénétrez la voûte suprême !

Pleines de l’arôme des buis,
Ô cloches des Rameaux, de verdure habillées,
Chassant les hivernales nuits,
Jetez au printemps vos notes éparpillées !

Par-dessus le bourdon du glas,
Le désarroi des tocsins fauves,
Élevez votre voix, cloches de Pâques mauves
Qui sentez si bon le lilas !

Cloches de Fête-Dieu qu’enguirlandent les roses,
Murmurez d’estivales choses
Sous l’arc fleuri des reposoirs !...

Vous, cloches bleues de Mai, descendez turbulentes...

Avec l’odeur des pins, tombez sages et lentes,
Cloches d’Angélus des beaux soirs !

Sous le vermeil levant, cloches de Pentecôte
Frappant tôt le ciel opalin,
Du vent bienfaisant de la côte,
Rapportez-nous le suc salin !

Vous, dans la canicule en ses lourdeurs d’étuve,
Pourpres cloches d’Assomption,
Des terres en production,
Répandez le puissant effluve !

Cloches grises de la Toussaint,
Larmoyantes sous vos longs voiles,
Allez, mélancolique essaim,
Narrer votre deuil aux étoiles !

Cloches du minuit de Noël,
Si célestement poétiques,
Dans la neige vierge et le gel
Lancez vos carillons mystiques !
À Bethléem transportez-nous
Parmi les bergers et les mages
Montrez-nous les chères images
Dont l’idéal plaît à nos goûts !

Et vous qui nous sauvez du divin anathème,
Ô cloches blanches du baptême
Embaumant la dragée, avec mol abandon,
D’accords légers faites-nous don !

Vous aussi qu’enveloppe un mousselin nuage,
Cloches dorées du mariage
Aux parfums d’orangers, pour unir des heureux,
Formez un concert amoureux !

Vous, plus guère aujourd’hui qu’un pâle simulacre,
Cloches solennelles du sacre
Qui fleurez tant les lys, ne parlons pas de vous
Car vous suscitez des courroux.

Ne t’oublions pas, toi, cloche simple et grossière,
Mais qui nous es si familière
Cloche grave appelant, exact à l’atelier,
Deux fois chaque jour, l’ouvrier...
Cloche grêle attirant vers l’école, l’élève...
Cloche allégeante de la trêve...
Ou cloche sans façon prévenant du régal
D’un repas plus ou moins frugal !

Quel que soit le motif noble qui vous entraîne,
Ô Cloches à voix surhumaine,
Vous éveillez les sens et venez rafraîchir
La mémoire prompte à fléchir !

Par-dessus monts et roches,
Cloches, cloches !
Par-dessus les grands bois,
Les hauts toits,
Éclatez souveraines
Et sereines,
Votre langage clair
Charme l’air !
C’est de vos envolées
Assemblées
Que, dans un libre essor,
L’esprit sort.
Que votre battant vibre
Fibre à fibre,
Ainsi qu’un coeur humain
Sous la main.
Que de vos sons progresse
L’allégresse
Jusqu’au suprême lieu
Où vit Dieu !
__________________


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Posté à 19h33 le 06 déc. 20

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Laugierandre

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Édouard PAILLERON

NOËL

Noël ! Voici l’hiver joyeux, la nuit de fête !
Riche, puisque aussi bien ta vie est ainsi faite
Qu’il te faut un plaisir par jour, tu vas t’asseoir
Au réveillon quelconque où l’on t’attend ce soir ;
Après ton cercle, après ta visite aux théâtres,
Tu vas souper avec des personnes folâtres ;
Mais sans illusion aucune toutefois,
Comme tu vas au bal, comme tu vas au bois ;
Pour voir, pour être vu ; que sais-je ? pour la pose,
Pour remplir, en faisant n’importe quelle chose,
Le vide de tes jours qui ne sont jamais pleins,
Pour t’amuser, du moins tu le dis... Je te plains.

Je te plains d’aller là, toi pour qui toute fête
N’est qu’un long bâillement suivi d’un mal de tête ;
Je te plains de courir la ville cette nuit
Pour te désennuyer – et de changer d’ennui ;
Je te plains de n’avoir que l’ombre de la proie,
Que l’orgueil d’un bonheur dont tu n’as pas la joie,
L’orgueil absurdement stérile et douloureux
De vouloir qu’on t’envie et qu’on te croie heureux.

Ah ! si dans un moment d’oubli, d’oubli suprême,
Tu pouvais donc penser à d’autres qu’à toi-même !
Si tu pouvais aimer, haïr, si tu pouvais
Intéresser ton cœur aux choses que tu fais,
Ce cœur qui n’est pas mort, mais qui ne veut plus battre,
Quand tu tires à sept ou tu conduis à quatre ;
Si tu pouvais jeter ton masque d’homme fort,
Connaître la douceur saine qui suit l’effort,
T’évader du plaisir, sortir de toi, renaître
Dans quelque émotion profonde de ton être,
Croire, lutter, souffrir, te donner, vivre enfin...

Tu le peux : vois ce pauvre ; il a froid, il a faim ;
Regarde-le, tremblant et nu, sous la bise aigre,
Dans le carrefour noir, rôder comme un loup maigre ;
Les passants qu’il supplie, en marchant dans leurs pas,
Refusent de l’entendre et ne s’arrêtent pas...

Eh bien ! arrête-toi, riche, et fais-lui l’aumône ;
Le seul bonheur qu’on a vient de celui qu’on donne ;
Essaie et tu verras ; fais l’aumône, crois-moi,
Fais-la pour lui, fais-la pour Dieu, – fais-la pour toi.

Car – et ce que je dis va te sembler étrange –
L’aumône, entre le pauvre et toi, n’est qu’un échange.
Vous souffrez tous les deux : toi de l’horrible ennui,
Lui de l’horrible faim. – Tu souffres plus que lui.
Il ne veut qu’exister, mais toi, tu voudrais vivre ;
Délivre-le du mal, afin qu’il t’en délivre ;
Donne-lui l’être afin qu’il te donne à son tour
La vie, entends-tu bien ? c’est-à-dire l’amour,
Sa pitié, sa tendresse, et sa joie et sa flamme ;
Guéris son corps, afin qu’il guérisse ton âme :
Votre mal à tous deux s’appelle pauvreté...
Faites-vous tous les deux, frères, la charité.
__________________


Marcelline DESBORDES-VALMORE

NOËL

Quel chant divin se fait entendre ?
Quel cri d’amour frappe les airs ?
Tout s’émeut... Qu’allons-nous apprendre ?
Quel Dieu s’annonce à l’univers ?
La lune argentée
Semble être arrêtée.
Qui trouble l’univers vivant ?
C’est un enfant !

Tout se tait, le vent souffle à peine,
Le sombre hiver est enchaîné,
L’autan surpris n’a plus d’haleine,
Et l’incrédule est prosterné.
Quelle est la puissance
Qui par sa présence
Ouvre le monde et le défend ?
C’est un enfant !

Les rois, le front dans la poussière,
Humbles pour la première fois,
Suivent l’étoile avant-courrière,
Pour adorer le Roi des rois.
Ce Dieu redoutable
Que craint le coupable,
Que le juste implore en tremblant,
C’est un enfant !

Quelle est cette Vierge céleste
Soumise aux terrestres douleurs ?
Dans son regard pur et modeste
Brillent le sourire et les pleurs.
Oh ! qui la rend telle ?
Qui, d’une mortelle,
Couronne le front triomphant ?
C’est un enfant !

La mort jalouse est asservie,
L’éternité vient de s’ouvrir,
Un Dieu, pour nous donner la vie,
Daigne avec nous naître et mourir.
Amour sans seconde
Ce martyr du monde
Qui s’abandonne en nous sauvant,
C’est un enfant !
__________________


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Ce message a été édité - le 07-12-2020 à 17:38 par Laugierandre

Posté à 17h37 le 07 déc. 20

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Pierre

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Pierre Dupont... bon là y'a deux boeufs alors que dans la crèche y'en avait qu'un (j'ai la photo dédicacée qui le montre)...



une des chansons de Dupont... j'écoute toujours ces trucs pompiers et réalistes...on ne se refait pas.



Ce message a été édité - le 08-12-2020 à 08:35 par Pierre

Posté à 08h34 le 08 déc. 20

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Arcane

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Superbe rappel d'un chant que mon père adorait il nous la chantait à la façon de ce Dupond ! Il y croyait dur comme fer , pour lui c'était de la vraie chanson .....

Merci émouvant Pierre !!!



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Ce message a été édité - le 11-12-2020 à 09:48 par Arcane

Posté à 10h15 le 08 déc. 20

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Laugierandre

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Mais tu as été bien inspiré, PIERRE, de poster cette chanson. Le charme désuet de ces morceaux anciens est toujours séduisant à entendre. Avec le recul du temps, c'est puiser dans des traditions encore actives d'un patrimoine culturel. Chez l'auditeur actuel, doté d’une sensibilité capable de les recevoir, ces chansons du passé s'inscrivent dans une tradition qui continue à les rendre familières à nos oreilles et à nous émouvoir.

MERCI, PIERRE, pour ta contribution.

EXCELLENTE JOURNÉE et MA BIEN CHALEUREUSE AMITIÉ DE PLUME.

ANDRÉ

Salut Salut Salut



Ce message a été édité - le 08-12-2020 à 11:41 par Laugierandre

Posté à 11h40 le 08 déc. 20

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Laugierandre

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Marie VERNET

PETIT NOËL

Petit Noël, dis, est-il vrai
Que chaque an, au jour de ta fête,
Tu descends et viens à ton gré
Faire une visite en cachette
Aux enfants pendant leur sommeil ?
Tu leur mets, sous la cheminée,
Des cadeaux de nouvelle année
Qu’ils découvrent à leur réveil.

Noel ! écoute ma prière !
Il ne faudra pas m’oublier.
Vois, j’ai préparé le foyer,
Et mis le soulier de grand’mère,
Car le mien, trop petit, vraiment,
N’eût pu contenir tes bagages !
Petit Noël, je voudrais tant
Un livre, un beau livre d’images !...

Tu viens, sans bruit, mystérieux,
Tu ne veux pas que l’on t’admire ;
Eh bien ! je fermerai les yeux,
Quoi que mon petit cœur désire
De contempler tes cheveux blonds,
Ta robe d’or, tes ailes blanches,
Les roses qui ceignent ton front...
Tes yeux bleus comme les pervenches !...

Pour toi, j’ai fini, ce matin,
Ma belle page d’écriture ;
J’ai des bons points plein les deux mains !
Ils sont bien à moi, je t’assure !
Petit Noël, es-tu content ?
Ai-je mérité ta visite ?...
Vois, mon cœur est tout palpitant...
Je voudrais savoir vite, vite !...

– Que vois-je, là... dans le foyer ?
Posé sur la bûche de hêtre,
Quelque chose semble briller !...
Est-il vrai ?... Je rêve peut-être !
C’est un beau livre ! quel transport !..
Un superbe livre d’images...
Et puis, sur les premières pages,
Mon nom inscrit en lettres d’or...

Noël !... ah ! dans ma joie extrême
Je vais vite, près du foyer,
À genoux, te remercier !...
Petit Noël ! ah ! que je t’aime !...
__________________


Théodore BOTREL

LES CLOCHES DE MINUIT

La Terre espère et les Cieux rêvent ;
Il neige à gros flocons sans bruit ;
Quand, au loin, des rumeurs s’élèvent :
Ce sont les cloches de Minuit.

Écoutez : le carillon sonne
Et le bourdon, à l’unisson :
Qui restera sourd – personne –
À cette douce Chanson ?

Tour à tour, éloignés ou proches,
Les anges chantaient autrefois :
Aujourd’hui, dans la voix des cloches,
Nous entendons encor leurs voix !

Écoutez : le carillon sonne
Et le bourdon, à l’unisson :
Qui restera sourd – personne –
À cette douce Chanson ?

Devant le Nouveau-Né sans langes,
Bergers et rois, à qui mieux mieux,
Au chant des cloches et des anges,
Vont s’incliner dévotieux !

Écoutez : le carillon sonne
Et le bourdon, à l’unisson :
Qui restera sourd – personne –
À cette douce Chanson ?

Le Sauveur s’en vient dire aux hommes
Des mots pas encore entendus :
En son Nom, tous, tant que nous sommes,
Aimons-nous mieux ! Aidons-nous plus !
_________________


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Ce message a été édité - le 08-12-2020 à 11:52 par Laugierandre

Posté à 11h52 le 08 déc. 20

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Laugierandre

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Albert LOZEAU

QUAND IL NEIGE SUR MON PAYS

De gros flocons couvrent les branches,
Et les regards sont éblouis
Par la clarté des routes blanches.
Et dans les champs ensevelis,
La terre reprend le grand somme
Qu'elle fait pour mieux nourrir l'homme,
Quand il neige sur mon pays.

Quand il neige sur mon pays,
On voit s'ébattre dans les rues
Les petits enfants réjouis
Par tant de splendeurs reparues.
Et ce sont des appels, des cris,
Des extases et des délires,
Des courses, des jeux et des rires,
Quand il neige sur mon pays.

Quand il neige sur mon pays,
C'est que tout le ciel se disperse
Sur la montagne et les toits gris
Qu'il revêt de sa claire averse,
Sous l'avalanche de ses lis,
D'un pur éclat il nous inonde,
C'est le plus beau pays du monde
Quand il neige sur mon pays !
__________________


Théophile GAUTIER

LES ROIS MAGES

Donc, Balthazar, Melchior et Gaspard, les Rois Mages,
Chargés de nefs d'argent, de vermeil et d'émaux,
Et suivis d'un très long cortège de chameaux,
S'avancent, tels qu'ils sont dans les vieilles images.

De l'Orient lointain, ils portent les hommages
Aux pieds du Fils de Dieu, né pour guérir les maux
Que souffrent ici-bas l'homme et les animaux.
Un page noir soutient leurs robes à ramages.

Sur le seuil de l'étable où veille Saint Joseph,
Ils ôtent humblement la couronne du chef
Pour saluer l'Enfant qui rit et les admire.

C'est ainsi qu'autrefois, sous Augustus César,
Sont venus, présentant l'or, l'encens et la myrrhe,
Les rois mages Gaspard, Melchior et Balthazar.
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Ce message a été édité - le 09-12-2020 à 17:45 par Laugierandre

Posté à 17h41 le 09 déc. 20

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Laugierandre

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Pamphile LEMAY

NUIT DE NÖEL

La cloche des beffrois sonne à toute volée...
Sur le flanc des coteaux, au fond de la vallée,
Brûle joyeusement, dans l’âtre des aïeux,
La bûche de sapin. Les maisons s’illuminent.
Courbés sur leur bâton, les vieillards s’acheminent,
Évoquant tour à tour des souvenirs pieux.

On entend tout à coup de glorieux cantiques...
La terre parle au ciel. Et sous les hauts portiques
Des temples merveilleux élevés par la foi,
Et sous le frêle arceau de la pauvre chapelle,
La foule émue accourt. Quel spectacle t’appelle,
Étrange multitude, et d’où vient ton émoi ?

C’est la nuit de Noël !... Nuit calme et parfumée,
Qui berce mollement la lande accoutumée
Au murmure des eaux, au vol des papillons...
C’est la nuit de Noël !... Nuit glacée, éclatante,
Qui s’ouvre sur nos champs comme une immense tente,
Ou les ensevelit dans ses blancs tourbillons.

La foule accourt... Des lieux où le soleil se lève,
Et des lieux où le vent transperce comme un glaive ;
Du midi plein d’arome et du couchant obscur,
La foule accourt, joyeuse en ses habits de fête,
Sous les feux de l’étoile ou malgré la tempête,
Par les chemins de neige ou les clos de blé mûr.

Elle vient saluer le plus grand des mystères.
Dans leurs chants inspirés, les prophètes austères
L’avaient promis. Et siècle après siècle s’en va,
Et, prosterné devant l’humble Vierge Marie,
Tout le monde chrétien adore, chante et prie,
Dans l’amour et la foi, le Fils de Jéhova.

Mais le monde sait-il la nouvelle doctrine ?...
Hommes, priez, jeûnez, frappez-vous la poitrine;
Élevez à Dieu l’âme et domptez l’animal ;
À qui n’a pas de biens donnez un peu des vôtres ;
Soyez humbles et purs; ne doutez point des autres.
Aimez-vous. Pardonnez si l’on vous fait du mal !

Ô chrétiens, croyez-vous à ce Dieu fait poussière ?
À l’éternel Esprit sous cette chair grossière ?
À l’infini pouvoir dans ces débiles mains ?
Croyez-vous à l’amour sans fin et sans mesure ?
Au cœur inassouvi qui rend avec usure ?...
Ô chrétiens, croyez-vous au rachat des humains ?

La cloche des beffrois sonne à toute volée...
Sur le flanc des coteaux, au fond de la vallée,
Brûle joyeusement, dans l’âtre des aïeux,
La bûche de sapin. Les maisons s’illuminent,
Courbés sur leur bâton, les vieillards s’acheminent,
Évoquant tour à tour des souvenirs pieux.

Mais déjà tout bruit meurt sous les voûtes du temple,
L’adorateur s’en va. Le ciel ému contemple
Le flot impétueux des inconstants mortels.
Les cierges sont éteints. Par les fenêtres sombres
On voit quelques rayons se perdre dans les ombres...
C’est la lampe qui veille au milieu des autels.

Les croyants sont partis par des routes diverses,
Et des suggestions habilement perverses,
Comme des traits brûlants traversent les esprits,
Car tout homme est menteur !... La soif des biens s’allume;
Et le cœur, mal gardé, sonne comme une enclume
Aux baisers de l’amour qui l’a déjà surpris.

Et le rêve divin comme un oiseau s’envole !...
Le pauvre porte envie au riche qui le vole ;
L’orgueilleux parvenu méprise l’indigent ;
La bouche qui priait injurie et diffame ;
Le libertin ourdit la chute de la femme,
Et l’avare, à genoux, adore son argent !

Comme un oiseau qui fuit le saint rêve s’efface...
Vers le sol de nouveau l’homme a penché sa face ;
La prière est muette et le cantique dort.
Seuls des cris étouffés du milieu de la foule
Montent encore : les cris des malheureux que foule,
Sous son talon brutal, le lutteur le plus fort !

Ah ! trop tôt le bruit meurt sous les voûtes du temple !
L’adorateur s’en va. Le ciel ému contemple
Le flot impétueux des inconstants mortels.
Les cierges sont éteints. Par les fenêtres sombres
On voit quelques rayons se perdre dans les ombres...
C’est la lampe qui veille au milieu des autels.
_________________


Philippe DUFOUR

NEIGE

Tombant du ciel ainsi que d’un manteau d’hermine
Qu’une déesse chaste à son col secouerait,
Par lents flocons la Neige a blanchi la forêt,
Argenté le sillon et coiffé la chaumine.

Toute herbe par les champs et les bois disparaît ;
Mais dans le sol profond où la sève chemine,
Jusqu’aux temps où l’azur de soleil s’illumine,
La Neige endort les blés et les couve en secret.

La semaille, plus tard, jaillira, gerbe vive,
Pour l’éternel festin dont l’homme est le convive ;
Et les grains précieux mûriront, épis d’or !

Ô Neige, tombe aussi dans nos âmes lassées,
Y glaçant vains désirs, égoïstes pensées,
Et fais germer le grain d’amour qui, frêle, y dort !
_________________


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Ce message a été édité - le 10-12-2020 à 11:59 par Laugierandre

Posté à 11h56 le 10 déc. 20

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Ottomar

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Quand la Charlotte prie Notre Dame

Poème de Jean Rictus (1887-1933)







Seigneur Jésus, je pense à vous !
Ça m’ prend comm’ ça, gn’y a pas d’offense !
J’ suis mort’ de foid, j’ me quiens pus d’bout,
ce soir encor... j’ai pas eu d’ chance

Ce soir, pardi ! c’est Réveillon :
On n’ voit passer qu’ des rigoleurs ;
j’ gueul’rais « au feu » ou « au voleur »,
qu’ personne il y f’rait attention.
Et vous aussi, Vierge Marie,
Sainte-Vierge, Mère de Dieu,
qui pourriez croir’ que j’ vous oublie,
ayez pitié du haut des cieux.

J’ suis là, Saint’-Vierge, à mon coin d’ rue
où d’pis l’apéro, j’ bats la semelle ;
j’ suis qu’eune ordur’, qu’eun’ fill’ perdue,
c’est la Charlotte qu’on m’appelle.

Sûr qu’avant d’ vous causer preumière,
eun’ femm’ qu’ est pus bas que l’ ruisseau
devrait conobrer ses prières,
mais y m’en r’vient qu’ des p’tits morceaux.

Vierge Marie... pleine de grâce...
j’ suis fauchée à mort, vous savez ;
mes pognets, c’est pus qu’eun’ crevasse
et me v’là ce soir su’ l’ pavé.
Si j’entrais m’ chauffer à l’église,
on m’ foutrait dehors, c’est couru ;
ça s’ voit trop que j’ suis fill’ soumise...
(oh ! mand’ pardon, j’ viens d’ dir’ « foutu. »)

T’nez, z’yeutez, c’est la Saint-Poivrot ;
tout flamb’, tout chahut’, tout reluit...
les restaurants et les bistrots
y z’ont la permission d’ la nuit.

Tout chacun n’ pens’ qu’à croustiller.
Y a plein d’ mond’ dans les rôtiss’ries,
les épic’mards, les charcut’ries,
et ça sent bon l’ boudin grillé.

Ça m’ fait gazouiller les boïaux !
Brrr ! à présent Jésus est né.
Dans les temps, quand c’est arrivé,
s’ y g’lait comme y gèle c’te nuit,
su’ la paill’de vot’ écurie
v’s z’avez rien dû avoir frio,
Jésus et vous, Vierge Marie.

Bing !... on m’ bouscule avec des litres,
des pains d’ quatr’ livr’s, des assiett’s d’huîtres,
Non, r’gardez-moi tous ces salauds !

(Oh ! esscusez, Vierge Marie,
j’ crois qu’ j’ai cor dit un vilain mot !)

N’est-c’ pas que vous êt’s pas fâchée
qu’eun’ fill’ d’amour plein’ de péchés
vous caus’ ce soir à sa magnère
pour vous esspliquer ses misères ?
Dit’s-moi que vous êt’s pas fâchée !

C’est vrai que j’ai quitté d’ chez nous,
mais c’était qu’ la dèche et les coups,
la doche à crans, l’ dâb toujours saoul,
les frangin’s déjà affranchies....
(C’était h’un vrai enfer, Saint’-Vierge ;
soit dit sans ête eune effrontée,
vous-même y seriez pas restée.)

C’est vrai que j’ai plaqué l’ turbin.
Mais l’ouvrièr’ gagn’ pas son pain ;
quoi qu’a fasse, elle est mal payée,
a n’ fait mêm’ pas pour son loyer ;

à la fin, quoi, ça décourage,
on n’a pus de cœur à l’ouvrage,
ni le caractère ouvrier.

J’ dois dire encor, Vierge Marie !
que j’ai aimé sans permission
mon p’tit... « mon béguin... » un voyou,
qu’ est en c’ moment en Algérie,
rapport à ses condamnations.
(Mais quand on a trinqué tout gosse,
on a toujours besoin d’ caresses,
on se meurt d’amour tout’ sa vie :
on s’arr’fait pas que voulez-vous !)

Pourtant j’y suis encore fidèle,
malgré les aut’s qui m’ cour’nt après.
Y a l’ grand Jul’s qui veut pas m’ laisser,
faudrait qu’avec lui j’ me marie,
histoir’ comme on dit, d’ l’engraisser.
Ben, jusqu’à présent, y a rien d’ fait ;
j’ai pas voulu, Vierge Marie !

Enfin, je suis déringolée,
souvent on m’a mise à l’hosto,
et j’ m’ai tant battue et soûlée,
que j’en suis plein’ de coups d’ couteau.
Bref, je suis pus qu’eun’ salop’rie,
un vrai fumier Vierge Marie !
(Seul’ment, quoi qu’on fasse ou qu’on dise
pour essayer d’ se bien conduire,
y a quèqu’ chos’ qu’ est pus fort que vous.)

Eh ! ben, c’est pas des boniments,
j’ vous l’ jure, c’est vrai, Vierge Marie !
Malgré comm’ ça qu’ j’aye fait la vie,
j’ai pensé à vous ben souvent.

Et ce soir encor ça m’ rappelle
un temps, qui jamais n’arr’viendra,
ousque j’allais à vot’ chapelle
les mois que c’était votre fête.

J’arr’vois vot’ bell’ rob’ bleue, vot’ voile,
(mêm’ qu’il était piqué d’étoiles),
vot’ bell’ couronn’ d’or su’ la tête
et votre trésor su’ les bras.
Pour sûr que vous étiez jolie
comme eun’ reine, comme un miroir,
et c’est vrai que j’ vous r’vois ce soir
avec mes z’yeux de gosseline ;
c’est comm’ si que j’y étais... parole.

Seul’ment, c’est pus comme à l’école ;
ces pauv’s callots, ce soir, Madame,
y sont rougis et pleins de larmes.

Aussi, si vous vouliez, Saint’-Vierge,
fair’ ce soir quelque chos’ pour moi,
en vous rapp’lant de ce temps-là,
ousque j’étais pas eune impie ;
vous n’avez qu’à l’ver un p’tit doigt
et n’ pas vous occuper du reste....

J’ vous d’mand’ pas des chos’s... pas honnêtes !
Fait’s seul’ment que j’ trouve et ramasse
un port’-monnaie avec galette
perdu par un d’ ces muf’s qui passent
(à moi putôt qu’au balayeur !)
Un port’-lazagn’, Vierge Marie !
gn’y aurait-y d’dans qu’un larantqué,
ça m’aid’rait pour m’aller planquer
ça m’ permettrait d’attendre à d’main
et d’ m’enfoncer dix ronds d’ boudin !

Ou alorss, si vous pouez pas
ou voulez pas, Vierge Marie...
vous allez m’ trouver ben hardie,
mais... fait’s-moi de suit’ sauter l’ pas !

Et pis... emm’nez-moi avec vous,
prenez-moi dans le Paradis
ousqu’y fait chaud, ousqu’y fait doux,
où pus jamais je f’rai la vie,

(sauf mon p’tit, dont j’ suis pas guérie,
vous pensez qu’ je n’arr’grett’rai rien
d’ Saint-Lago, d’ la Tour, des méd’cins,
des barbots et des argousins !)
Ah ! emm’nez-moi, dit’s, emm’nez-moi
avant que la nuit soye passée
et que j’ soye encor ramassée ;
Saint’-Vierge, emm’nez-moi, j’ vous en prie ?

Je n’en peux pus de grelotter...
t’nez... allumez mes mains gercées
et mes p’tits souliers découverts ;
j’ n’ai toujours qu’ mon costume d’été
qu’ j’ai fait teindre en noir pour l’hiver.

Voui, emm’nez-moi, dit’s, emm’nez-moi.
Et comme y doit gn’y avoir du ch’min
si des fois vous vous sentiez lasse
Vierge Marie, pleine de grâce,
de porter à bras not’ Seigneur,
(un enfant, c’est lourd à la fin),
Vous me l’ repass’rez un moment,
et moi, je l’ port’rai à mon tour,
(sans le laisser tomber par terre),
comm’ je faisais chez mes parents
La p’tit’ moman dans les faubourgs

quand j’ trimballais mes petits frères.



Note: je possède sur un vieux 78 tours une interprétation de ce poème par Marie Dubas














Ce message a été édité - le 11-12-2020 à 09:13 par Ottomar

Posté à 09h10 le 11 déc. 20

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Arcane

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Une scène d'affliction nous suggère ... Sir TONIN du Site heureux

Des vers à nous faire pâlir !
Et envier ces immenses créateurs.
Que nous reste t-il à écrire
Qui ne soit d'authentiques littérateurs !!!

Je me souviens de ces pays lointains dont on m'a souvent dit qu'ils étaient de ma naissance, sans que je ne puisse en comprendre la raison !
[g]
[g]Merci BAUDELAIRE


À une dame créole Beaudelaire

Au pays parfumé que le soleil caresse,
J'ai connu, sous un dais d'arbres tout empourprés
Et de palmiers d'où pleut sur les yeux la paresse,
Une dame créole aux charmes ignorés.

Son teint est pâle et chaud ; la brune enchanteresse
A dans le cou des airs noblement maniérés ;
Grande et svelte en marchant comme une chasseresse,
Son sourire est tranquille et ses yeux assurés.

Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire,
Belle digne d'orner les antiques manoirs,

Vous feriez, à l'abri des ombreuses retraites,
Germer mille sonnets dans le cœur des poètes,
Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs. [/g][/g]



-12-2020 à 09:58 par Arcane[/i]



Ce message a été édité - le 11-12-2020 à 10:02 par Arcane

Posté à 09h45 le 11 déc. 20

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Laugierandre

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Bonjour OTTOMAR,

MERCI pour les regards que tu portes à ce topic ainsi que pour ton aimable contribution. Jehan RICTUS a beaucoup utilisé l'apocope, dans ses poèmes, sorte d'imitation du parler populaire. Ses vers sont littéralement "hérissés" d'apostrophes.

Je te souhaite de passer une très positive journée.

Ma bien chaleureuse Amitié de plume.

CARPE DIEM

ANDRÉ

Salut Salut Salut



Ce message a été édité - le 11-12-2020 à 11:55 par Laugierandre

Posté à 11h54 le 11 déc. 20

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Laugierandre

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Bonjour LUCIENNE,

Ces vers, comme tu l'exprimes, ont de quoi nous subjuguer. Qui plus est, leur côté émotionnel, les tendres et délicieuses images qu'ils diffusent, tendent à cette harmonie et à nous pousser vers cette fraternité qui sait nous rassembler autour des valeurs importantes du partage et de la générosité.

MERCI pour ce partage de sympathie.

BISOUS

Excellente journée à toi.

ANDRÉ

Salut Salut Salut

Posté à 12h07 le 11 déc. 20

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Laugierandre

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André THEURIET

CARILLONS DE NOËL

Le vieux sonneur monte au clocher,
Jusqu’aux meurtrières béantes
Où les corneilles vont nicher,
Et, chétif, il vient se percher
Au milieu des poutres géantes.

Dans les ténèbres où ne luit
Qu’un falot pendant aux solives,
Il s’agite et mène grand bruit
Pour mettre en danse cette nuit
Les battants des cloches massives.

Joyeuses, avec un son clair,
Les voix des cloches, par le faîte
Des lucarnes, s’en vont dans l’air,
Sur les ailes du vent d’hiver,
Comme des messagers de fête.

Noël ! Noël !... Sur les hameaux
Où les gens rentrent à la brume ;
Sur les bois noirs et sur les eaux
Où tout un peuple de roseaux
Frissonne au lever de la lune ;

Noël !... Sur la ferme là-bas,
Dont la vitre rouge étincelle,
Sur la grand-route où, seul et las,
Le voyageur double le pas,
Partout court la bonne nouvelle...

Oh ! ces carillons argentins
Dans les campagnes assombries,
Quels souvenirs doux et lointains,
Quels beaux soirs et quels doux matins
Ressuscitent leurs sonneries !

Jadis ils me versaient au cœur
Une allégresse chaude et tendre ;
J’ai beau vieillir et passer fleur,
Je retrouve joie et vigueur,
Aujourd’hui, rien qu’à les entendre...

Et cette musique de l’air,
Cette gaîté sonore et pleine,
Ce chœur mélodieux et clair
Qui s’en va dans la nuit d’hiver
Ensoleiller toute la plaine,

C’est l’œuvre de ce vieux sonneur
Qui, dans son clocher solitaire,
Fait tomber, ainsi qu’un vanneur,
Cette semence de bonheur
Sur tous les enfants de la terre.
_________________


Louis DANTIN

NOËL INTIME

Oh ! qu’ils furent heureux, les pâtres de Judée,
Éveillés au buccin de l’Ange triomphant,
Et la troupe des Rois par l’Étoile guidée
Vers le chaume mystique où s’abritait l’Enfant !

Tous ceux qui, dans la paix de cette nuit agreste,
Trouvèrent le Promis, le Christ enfin venu,
Et ceux même, ignorants de l’Envoyé céleste,
Qui L’avaient repoussé, mais du moins L’avaient vu !

La Mère, s’enivrant d’extase virginale,
Joseph, pour qui tout le mystère enfin a lui,
Et l’étable, et la crèche, et la bise hivernale
Par les vieux ais disjoints se glissant jusqu’à Lui !

Tout ce qui Le toucha dans sa chair ou son âme,
Tout ce que son rayon commença d’éblouir,
Princes savants, bergers pieux, Hérode infâme,
Tout ce qui crut en Lui, fût-ce pour Le haïr !

Oh ! qu’ils furent heureux ! Moi, dans l’ombre muette,
Je m’assois, pasteur morne et blême de soucis,
Et jamais un Archange à ma veille inquiète
Ne vient jeter le Gloria in excelsis.

Je scrute le reflet de toutes les étoiles,
Mage pensif, avec un désir surhumain,
Mais leur front radieux n’a pour moi que des voiles
Et pas une du doigt ne me montre un chemin.

Et mon âme est la Vierge attendant la promesse,
Mais que ne touche point le souffle de l’Esprit,
Ou le vieillard en pleurs qu’un sombre doute oppresse
Et qui n’a jamais su d’où venait Jésus-Christ.

Je suis l’étable offrant en vain son sol aride
Au Roi toujours lointain et toujours attendu ;
Et dans mon cœur voici la crèche, berceau vide,
Où le vent froid gémit comme un espoir perdu.
_________________


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Posté à 12h48 le 11 déc. 20

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Arcane

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Confidences s'il en est de vives
j'ose avouer qu'il me souvient,
D'avoir en la curiosité si vive
Qu'au clocher, coite j'en reviens

Plus de trente marches étroites
Il me fallut patiemment compter
Pour voir des oiseaux acrobates
Qui logeaient dans le clocher !

Surprise du MOI ,combien essoufflée
Ne vis qu'agitation de quatre pattes
Amoureusement, en cadence agitées
Dieu en son église se devait de les protéger

Voici poésie sans suite,
Redescendre me fut obligé,
Ce fulgurant jeu et rites
de deux cloches du clergé !





Ce message a été édité - le 11-12-2020 à 19:09 par Arcane

Posté à 19h07 le 11 déc. 20

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