A coups de triques
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J’ai fait des cauchemars, des songes épuisants,
Qui tutoyaient parfois la plus forte folie,
J’ai construit la chimère en paréidolie
Comme si je dormais sous des poisons puissants.
Mais rien de plus méchant que ce trouble onirique ;
Il me prend longuement dans de froides sueurs,
Incontinent, déverse ses mille liqueurs
De curare en mon sang tel un son vampirique :
Imaginez un terrassant vers décimal
Virgule,
Un alexandrin soul qui torture et régule,
Canal,
Un mètre étrange et, dans son panache, circule,
Fanal,
Un long vertige alors ce vers tourne infernal,
M’accule.
Exorciserai-je un jour ces maux si pesants,
Qu’atteindront, lors, mes nuits, de plus douces lueurs
Et ne subiront plus tous les assauts moqueurs
De ces rythmes baroques et si malfaisants.
Contre cet œil malin, contre ces dents lubriques
Surgis des Carpates ou d’autre Anatolie,
Nulle autre soif que de rimer jusqu’à la lie
Ces mots tordus pour les bannir à coups de triques.
