L'or des blés sous le ciel d'été
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Dans le mugissement d’un matin de fureur,
Ils ont vu tout l’enfer s’abattre sur leurs villes.
Lors, se levaient déjà, du fond de la stupeur,
Ceux qui avaient juré de n’être point serviles.
Ils gardent vivante la flamme
De l’ancestrale liberté,
Tandis que mûrit en leur âme
L’or des blés sous le ciel d’été.
Dans le chaos béant des lointains de l’exil,
Chaque pas se déchire aux cailloux du silence.
Celui qui tend la main comprend-il, entend-il
Ce que le regard tait de cette absence immense ?
Longue est la route qui les mène
Vers une fragile clarté.
Ils ont laissé parmi la plaine
L’or des blés sous le ciel d’été.
Sur la terre étrangère où se suivent les jours
Pesants d’incertitude et les nuits angoissées,
L’horizon est sans souffle et le temps sans contours,
Les mots se brisent net aux lèvres désolées.
Ils ont trouvé, vaille que vaille,
Un abri, la sécurité.
Mais il en est tant que travaille
L’or des blés sous le ciel d’été.
Dans le frémissement d’un appel plus puissant
Que l’ombre de la mort à la froide morsure,
Ils repartent nombreux, prêts à verser leur sang
Afin de délivrer leur pays qu’on torture.
Il faut que renaisse l’aurore,
Que lui soit rendue sa fierté
Et que danse longtemps encore
L’or des blés sous le ciel d’été.
