Pléistocène
Ça fait trente mille ans, Neandertal,
Que disparu - pourquoi - du monde,
Tu nous quittais, comme l’aronde,
Avant l’âge où s’est fondu le métal ;
Trente mille ans ! Trou que je sonde !
Et nos communs anciens cousins,
Cohortes d’os et mâchoires fossiles,
Eux, dans ces nuits, qui palpaient des possibles,
Nous étaient d’immenses essaims
Dont nous émergions, tels qu’aux flots, des îles…
Dernier grand frère, à l’océan du temps,
Avais-tu choisi le naufrage ?
Belle sortie à l’âpre rage
Qui s’aiguisait, comme des loups les dents ;
Peut-être étais-tu sage, à l’âge
Où nous, futurs et faux « sapiens »
Balbutions nos feux hégémoniques ;
Peut-être, ayant vu du chemin les cycles,
Auras-tu fui, d’avec les tiens,
Les après noirs que tu sentais tragiques..
Quelle leçon, d’immense humilité ;
L’âme cosmique - et malheureuse
De quitter là le ciel et l’yeuse,
Tout cet amour, le grand creux poplité
De la Nature, antique Muse !
Partir, sur la pointe des pieds ;
Ne laisser, derrière soi, que des larmes,
Et le cadet - raté, fielleux - ses armes,
Et ses promesses de poussiers.
- Ce monde pur, « sapiens », que tu décharnes.
