Lespoetes.net

La poésie sur internet

Il faut être inscrit et connecté pour répondre à un topic.

PPPF N° 5

Par : Salus

Avatar

Salus

Posts: 8239

Membre


PPPF N° 5



Comme prévu par les astres
Et tous les Nostradamus
(Entonnons des orémus !)
Voici, prestes Zoroastres,

Les « Précis », ces écrits nus,
Indiqués, par les cadastres,
Comme lieux des festes pastres
Sacrifiant aux Janus

D’ambiguïtés littéraires
Presque frères des Satyres,
Au son des fifres d'un gueux,

Flûtiaux, tambourins et danses !
- Les gambits et les sentences,
Vous seront – j’espère – jeux !



- Petit Précis de Poétique Formelle -

(Le sens)


Je suis fou comme mon frère le lapin, je cours dans la littérature, je creuse frénétiquement ici, je grignote vite là ; pris de panique, je fonce à travers le touffu des phrases, jusqu’au trou bienveillant de mon credo poétique, d’où je regarde ma part de ciel avec une sérénité vigilante ; parfois, sous quelque lune amie, j’ai senti le vent de nuit chuchoter dans mes immenses oreilles…

L’impréhensible, tous azimuts ?
Hé ! Non, pas tout à fait.

En fait, ce sont les multiples portes ouvertes par les symbolistes, les quelques déchirures pratiquées par les surréalistes, et d’hypothétiques électrons libres, tels François Villon ou Antonin Artaud, qui guident le tâtonnement nuageux de mes vers…

Le sens ? bien sûr, il est rigoureusement nécessaire, mais il n’est indispensable que d’être !
La compréhension du lecteur ne se doit qu’une éventualité certaine ; il suffit que l’on soit sûr qu’un sens existe, derrière le chaos apparent et sensible d’affects et de musique, pour pouvoir apprécier, juger, frémir.

Analyse – exceptionnelle – d’un texte :



Les oiseaux


Le brin d’herbe sous la tourbe,
Simplissime germe encor.

Cimaise où l’amour s’embourbe,
Diaphane et sordide d’or,
Cette hébétude laurée
Se love en son Epinal.

Je t’aime et vole à l’orée
Des jours où luit ton fanal,
Tes fards promettant les aubes
Aux ports emmêlés de nuit.

Ma nature est dans tes robes
Et rien de toi ne me nuit.

Le brin d’herbe simplissime
Caducée aux impressions
Hisse l’âme sur la cime ;

L’abîme est scintillations



Le brin d’herbe, c’est le paradigme de la vie, dans ce qu’elle représente de plus humble, de plus simple, et de plus têtu, le symbole autour de quoi tournera le texte, un moyeu, un axe.

Le second couplet, et premier quatrain, décrit l’amour institutionnalisé, formel, civique : le mariage (en « image d’Epinal », mais aussi à travers la représentation de la « cimaise »
(ornement sous-sommital d’une arche, par exemple), cette forme d’amour, toute sociale, dans laquelle retombent presque tous les couples, contribuant activement à l’établissement de ce monde par le remodelage infini de la même structure, cette forme
« d’amour », l’impréhensible la juge « hébétude laurée »(des lauriers de la reconnaissance sociale ; le monde comme chaîne, avec le couple pour maillon.)

Le deuxième quatrain, suivi du second distique, c’est l’inverse !
C’est l’amour vrai, parce qu’il est fou, prêt à tout,
prisonnier – consentant – seulement de lui-même, d’où le titre, dont l’évidente symbolique doit voler à l’idée du lecteur !

Amputé en tercet, afin que pèse mieux le dernier vers, le troisième quatrain revient au brin
d’herbe, solitaire chose menue ballottée par le vent, mais véritable « caducée » (Emblème d'Hermès, qui devint la marque des hérauts, des messagers), et puis, vous savez, ces jolies images signifiantes que l’on voit, par exemple, au-dessus des pharmacies…
Brin d’herbe, donc, apportant le message absolu de la vie…

Je vous laisse vous débrouiller avec le dernier vers, vous avez l’air doué.


Dans l'étude approfondie de tout possible ouvrant à la compréhension tactile et émotionnelle du langage, testant les mètres et les maîtres dans de dangereuses
recherches inextricables, avec l'utilisation gratuite et réitérée, sans nécessités de composition, de formules et de façons anciennes, voire moyenâgeuses, comme
d'anastrophes futuristes, de vrais-faux dodécasyllabes non césurés, mais avec élision du retour à la ligne, et inversement (!), de syncopes inédites, de rimes hallucinées, internes, suggérées, équivoques, de présentations tronquées, de formes tant rigoureuses
qu'apocalyptiques, d'agencements de contraintes tendancieux, décalant les sons et les sens, refusant toutes les facilités, arrangements, compromissions, mélangeant les hymnes et les rythmes, les isthmes et les schismes, à contre ou avec le courant, tenant systématiquement compte de l'ensemble des règles de la versification, joyau sans cesse étudié qui ouvre aux arcanes sonores, musicaux, signifiants, du discours, et de certains ajouts drastiques comme de la justification des amendements pratiqués, usant d'inconcevables stratagèmes (une strate à gemmes), écartant certaines diérèses, mais privilégiant l'étymologie, et rejoignant à l'occasion des mots la stricte pureté formelle de la
poésie classique, qu'il prétend maîtriser, comme, à l'aise avec la contrainte diffuse, la prose poétique non rimée, peu, mais cependant usitée, jouant, comme ici, de tous les fascinants imbroglios de la langue, dont seul l'écrit est en mesure de présenter la dimension alchimique, astrale, magique, l’impréhensible, entreprise universelle au chiffre d’affaires que je vous dis pas, vise infiniment plus haut que les minables directeurs de holdings, chefs d’État véreux, et autres petits mégalomanes ridicules, insignifiants poissons baignant dans la fétidité tiède de leurs discours frelatés ;
l’impréhensible, s’aventurant sur la trace à peine marquée d’un explorateur exceptionnel, espère, puisque celui-là - et celui-là seul - en a prouvé la possibilité, inciser à son tour la trame du réel pour marcher de plain-pied dans les dimensions oniriques de l’équilibre de l’œuf !

Je parlais, vous l’aviez deviné, d’Arthur Rimbaud, nous finirons cette trop courte session par une de ses magies alchimiques, qui défient l’entendement :



AUBE


J'ai embrassé l'aube d'été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte.
Les camps d'ombre ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.
Je ris au wasserfall qui s'échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.
Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de
marbre, je la chassais.
En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps.

L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.

Au réveil il était midi.

Posté à 16h35 le 11 nov. 17

Avatar

Saintes

Posts: 1583

Membre

Merci encore et je me rends compte que j'ai dans la bibliothèque plein de poésies à lire et à relire. Des joyaux à portée de main !
Salut Salut

Posté à 10h24 le 16 nov. 17

Avatar

Marcek

Posts: 4970

Membre

Saintes, je désespère : me restera t'il assez de temps pour épuiser toutes les beautés de la vie ?
Dont la poésie !

Posté à 15h34 le 16 nov. 17

Avatar

CinquiemeVallee

Posts: 966

Membre

Le plus grand des plaisirs sera celui que l'on diffère...ce soir-là, tous nos sourires de lecture commettront leur "Big-Bang"... clindoeil
Mais en attendant, la chair n'est pas encore assez triste! Mdr

Un grand merci à Maître Salus ! Salut

Posté à 16h15 le 16 nov. 17

Avatar

Salus

Posts: 8239

Membre


A Saintes : La bonne poésie se peut relire à l'infini !

A Marcek : Quand même on vivrait mille ans...

A Léonard :
"La chair est rigolote, et l'on a pas tous lu !"

Ploum, ploum :
"La chair est bistre, hélas, et j'ai cru tout l'épitre !" (les pitres ?)

Euh !
"Cachère, harpiste est l'as, et j'ai bu tous les litres" ?

Posté à 20h15 le 16 nov. 17

Avatar

Ancienmembre

Posts: 11996

Membre

Pour moi, la musique ne me suffit pas : il me faut aussi revêtir de chair les mots et, sur ce point, je suis très classique de goût : je pense, comme d'illustres lettrés, que la clarté est une qualité essentielle, y compris en poésie.

Je fais mien ce que dit J. Renard dans son "Journal" : "La clarté est la politesse de l'homme de lettres."

Quand des vers sont bien faits, qu’une musique se fait entendre, tandis que le sens m’échappe et que je dois me creuser la cervelle pour l’appréhender, je suis satisfait ... à demi !

Posté à 18h09 le 03 févr. 18

Avatar

Ancienmembre

Posts: 11996

Membre

+1

Posté à 18h25 le 03 févr. 18

Avatar

Salus

Posts: 8239

Membre


Mallarmé doit vous être une torture
Rimbaud un chalenge perpétuel,
Verlaine une frustration,
...Et Salus une blague !

Posté à 18h36 le 03 févr. 18

Avatar

Ancienmembre

Posts: 11996

Membre

Un remake des 3 mousquetaires, avec Salus dans le rôle de d'Artagnan ?

Posté à 18h44 le 03 févr. 18

Avatar

Ancienmembre

Posts: 11996

Membre

Las ! mon esprit n'est pas armé
Pour bien comprendre Mallarmé.
Devant Rimbaud, ne t'en déplaise,
Je ne suis pas vraiment à l'aise.
Mais quand il faut lire Salus,
Crois bien que j'en demande en sus !

Posté à 18h54 le 03 févr. 18

Avatar

Salus

Posts: 8239

Membre


A Obofix :

Elle est bonne, celle-là !

L'impréhensible tient surtout du symbolisme poétique, lequel, contrairement à celui des peintres, qui consiste surtout a représenter le symbole, prétend introduire un décalage entre le sujet du discours et les mots eux-même ; ainsi, il y faudra parler des effets, en n'effleurant qu'à peine les causes, et de finalité, en occultant pratiquement les circonstances, et tout sera mis en œuvre pour toucher directement "tous les sens", comme disait le Mage* ; car la poésie, au-delà de la virtuosité, se doit de dépasser le "simple" code du langage, pour tenter, via des concepts tels que la catharsis, ou l'inconscient collectif, d'atteindre à une forme réellement philosophale.

...Et, même si j'y travaille avec un acharnement désespéré, je ne prétends en rien égaler mes colossaux ancêtres, le dernier mot de ma phrase devrait en convaincre ! (...Et Salus une blague !)


*Rimbaud

Posté à 19h09 le 03 févr. 18

Avatar

Salus

Posts: 8239

Membre


A Ericd :

Répons

Mais ! mon mot n'est pas arrimé !
(Sauf à penser qu'il est rimé)
- Pourquoi ne pas pétrir la glaise
Que donne la musique grise
De ce bel et poétique us :
Dévoyer verbes et focus !

Posté à 19h43 le 03 févr. 18

Avatar

Ancienmembre

Posts: 11996

Membre

Ce vers quoi tu tends, ne serait-ce point un compromis entre Malherbe et Tzara ?
L'un et l'autre me vont.

clindoeil

Posté à 06h33 le 04 févr. 18

Avatar

Salus

Posts: 8239

Membre


Pas du tout, Malherbe ne m'intéresse guère que de technique, et je suis imperméable au dadaïsme.

Posté à 11h41 le 09 févr. 18

Il faut être inscrit et connecté pour répondre à un topic.