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Un livre à deux mains
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(Novembre, mois du livre)

Un livre ne naît jamais seul.
Il attend, patient, que deux mains s’accordent
celle qui trace, et celle qui tourne la page.
L’une écrit dans la lumière,
l’autre lit dans l’ombre.
Entre elles circule le même souffle,
le même feu ancien qui fit parler l’argile de Babylone.
Un livre s’offre comme un pain rompu,
au lecteur qui a faim d’infini,
à l’enfant qui cherche encore son nom
dans la poussière des étoiles.
Chaque mot y pèse comme une graine,
chaque phrase y creuse le sillon du possible.
Un livre neuf a l’odeur du commencement.
Il respire à travers la pulpe des doigts,
comme si le papier avait mémoire de la forêt.
On y retrouve la tendresse du geste,
la lenteur de la pensée,
et cette étrange ivresse de l’encre
qui veut encore croire à la beauté du verbe.
Mais un livre n’est pas un refuge :
il est un passage.
Il ne promet ni repos ni salut,
mais un appel
celui d’aller plus loin,
au-delà des marges, des dogmes, des murs.
Chaque page tournée est une mue,
chaque lecture une métamorphose.
Un livre, parfois, est une blessure qu’on ouvre à deux mains.
Une main écrit pour ne pas mourir,
l’autre lit pour ne pas oublier.
Et dans ce partage silencieux,
l’humanité recommence.
Ainsi vont les livres :
fenêtres et miroirs,
promesses et tombeaux.
Ils portent la mémoire des morts
et la parole des vivants.
Ils nous enseignent que lire,
c’est toujours aimer un peu,
et qu’écrire,
c’est tendre la main à l’inconnu.
Et moi, chaque novembre,
je relis le premier mot,
celui que l’humanité grava sur la glaise,
avant Babel, avant les royaumes :
un mot à deux mains,
pour dire le commencement de la lumière

© Poème posté le 01/11/2025 par Nihilisteo

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