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Poème écrit par Chorniyburshtynova

L’indicible

1
Me revoilà, prostré dans le sanctuaire du noir,
Là où même les ombres ont renoncé à me voir.
Devant moi, un miroir, ou peut-être un sépulcre,
Dont la surface muette à mon âme fait obstacle.

Je n’ose y contempler l’abomination de mon être,
Ni sonder ces décombres où je me laisse disparaître.
Car il est des enfers qu’aucun démon n’habite,
Où l’homme est son bourreau, son juge et son propre supplice.

Je hais cette conscience, ce fardeau d’exister,
Ces émotions profanes qui viennent me crucifier.
Parfois, le néant m’étreint de son indifférence,
Puis l’orage me déchire avec une violence immense.

J’avais entre les mains la grâce et la lumière,
Mais j’ai profané l’autel, réduit mes espoirs en poussière.
Tu m’offrais ton secours ; je l’ai couvert de silence,
Et je n’en compris le prix qu’au seuil de l’absence.

Ô temps, infâme bourreau, pourquoi cette ironie ?
Pourquoi révéler l’amour lorsque s’éteint ce qui nous lie ?
Me faut-il donc expier jusqu’au dernier de mes jours
D’avoir été aveugle au seuil même de l’amour ?

Et toi, Seigneur, dont les hommes vantent la providence,
Où donc était Ta main lorsque sombrait mon existence ?
Si Tu es tout-puissant, si Ta bonté est infinie,
Pourquoi tant de détresse sous le ciel que Tu régis ?

Je n’ai jamais cru en Toi, ni imploré Ta clémence ;
Je n’ai jamais vu dans le ciel qu’une immense indifférence.
Et pourtant, me voici qui maudis jusqu’à Ton nom,
Non par foi, mais par mépris pour l’insondable abandon.

Quelle étrange cruauté que celle de vos croyances :
Promettre un sens à la mort, une justice à la souffrance,
Quand les hommes se déchirent au nom de leurs vérités
Et qu’aucun Dieu ne descend recueillir leurs damnés.

Je ne réclame ni absolution, ni miracle, ni pardon,
Seulement le sens de cette ruine dont je porte le nom.
Car si nul dessein divin ne gouverne nos douleurs,
À qui donc confier le poids de nos erreurs ?

Alors, je t’en conjure, arrache-moi à mes ténèbres.
Je suis las de converser avec mes propres spectres.
Je ne sais plus si je cherche le salut ou le châtiment,
Seulement pourquoi l’on comprend l’amour lorsqu’il est trop tardivement.

Et si mon âme doit demeurer à jamais profanée,
Si nul astre ne consent à guider mes pas égarés,
Qu’au moins demeure en toi, par-delà mes défaillances,
La trace d’un être qui t’a aimé jusque dans sa déchéance.

Car je peux maudire le ciel, le destin et mes erreurs,
Accuser l’univers de son éternelle froideur,
Mais il est une vérité que nul enfer ne saura abolir :

Je n’ai jamais cessé de t’aimer.
J’ai seulement oublié comment le dire.

Tous droits réservés © Poème posté le 13/10/2026 par Chorniyburshtynova

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