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Comme L'espoir ne peut quitter...
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FAUST
                                                                          Comme
L'espoir ne peut quitter le cerveau d'un pauvre homme,
Celui-ci fouille après des trésors, et le sot
Se tient pour satisfait s'il trouve un vermisseau !
Cette fois, cependant, ô médiocre immense,
Merci : tu m'arrachas peut-être à la Démence...
J'allais désespérer... Que la Science est peu,
Par quoi je me flattais de ressembler à Dieu !
A l'insecte de la poussière je ressemble,
Qu'un même pas écrase et renfouit ensemble !
Fatras dont mon étroit espace est retréci !
Ce qui me manque, hélas, le trouverai-je ici ?
Irai-je compulser ces milliers de tomes
Pour lire que toujours les hommes, vains fantômes,
Passèrent, et jadis se torturaient déjà,
Foule dont quelquefois un heureux émergea ?
(prenant une tête de mort)
Tête de mort, vers moi qu'est-ce que tu ricanes ?
Tête vide !... dis-tu qu'à travers les arcanes
Le cerveau dont ton crâne autrefois était plein
Erra, comme le mien, aujourd'hui, qui se plaint ?
Et, chercheur douloureux autant que ridicule,
Chercha de la clarté parmi du crépuscule ?
Et vous, n'êtes-vous pas des moqueurs évidents,
Avec vos crics, vos tours, vos cylindres, vos dents,
Instruments que j'ai pris pour les clefs des serrures ?
Vous aviez l’air de clefs, c'est vrai, par vos ferrures,
Et vos hérissements que la rouille rend roux ;
Mais vous n'avez pas pu soulever les verrous.
Nature, que tu sais obstinément te taire !
Ce n'est pas toi qui parlerais, involontaire,
Et lorsqu'il te plaît bien de garder un secret,
Pas un Inquisiteur ne te l'arracherait,
Avec des vis qu'on tourne ou des leviers qu'on presse !...
Mais pourquoi mon regard fixe-t-il donc sans cesse
Ce point ? Dirait-on pas, pour les yeux, que vraiment
Ce petit flacon noir, là-bas, est un aimant...
Voyageur égaré parmi la forêt brune,
C'est pour moi, brusquement, comme un lever de lune !
Salut, fiole unique !... Ah ! mes maux sont moins grands
Quand je te vois, mon cœur plus sûr quand je te prends.
Sur des bords étrangers luit une aube étrangère.
Allons, tournons le dos au doux soleil de terre !
Ces portes, devant qui tous restent hésitants,
Enfonçons-les. Prouvons aux dieux, - il en est temps ! -
Que d'eux notre fierté n'est point intimidée !
Hors de ce noir cachot ! Échappons à l'Idée !
Tant pis, si, pénétrant dans l'inconnu béant,
Nous nous sentons soudain glisser dans le Néant !...

Coupe, je t'oubliais pendant bien des années.

Jadis, tu scintillais dans les fêtes données
Par nos Pères ; tu déridais le plus hautain.
Et que de fois chacun, son tour venu, te tint,
Forcé de faire, en vers, et sur toutes les choses
Que représentent tes dessins, de folles gloses,
Et puis de te vider d'un trait!- je m'y revois !...
Je ne te tendrai pas au voisin, cette fois,
Et je ne ferai pas d'esprit sur tes gravures !
Tiens, ce vin là produit des ivresses obscures
Et divines : remplis-toi donc de ce vin brun ;
Moi-même je l'ai fait, l'ai choisi sur plus d'un,
Je le bois de tout cœur, et d'un geste de joie
L'offre en libations au matin qui rougeoie !
Extrait du Faust de Goethe traduit et adapté par Edmond Rostand. Acte I - scène 3.
Editions THEATRALES - 2007

Tous droits réservés © Poème posté le 08/06/2026 par Jim

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