Dis-moi, Muse-égérie, en toute honnêteté,
Traduis-je bellement ce que tu me susurres ?
Apollon se plaint-il de mon habileté
À remplacer tes vers par mes caricatures ?
Le secret du silence erre dans la musique
Et sur le ménisque, à l'œil de la mer
Où le soleil tape comme un drummer,
Seuls y resteront sourds le piètre et l'agueusique.
Dans l’actualité, l’oreille peut confondre :
Ébola, Hezbollah, Barella, Bardella…
Quand, roulant dans ces flots, le jugement s’effondre,
On surnage entraînés dans le cours du bla-bla.
Affamé, miséreux, mais le cœur plein d’espoir,
N’ayant que l’idéal pour plan de réussite,
Je déclamais mon Art aux filles du comptoir :
Seul public déchiré par mon oeuvre inédite.
Ma grand-mère, bonne âme, aimait bien les enfants.
Elle disait : C’est bon de les entendre rire.
Moi, qui l’avais été, les trouvais turbulents,
Mais depuis j’ai compris ce qu’elle voulait dire.
Maintenant que l’hiver a quitté nos quartiers
C’est le printemps qui vient surchauffer les chantiers.
Sa touffeur trop précoce étonne à cette époque
Obligeant le fragile à rester dans sa coque.
Ce climat oscillant entre pluie et chaleur
Fait pousser au jardin le légume et la fleur.
Il faut donc s’occuper avec pas mal d’adresse
Pour maîtriser le tout sans traîner par paresse.
... Et je me soûlerai des sueurs potagères
exhalées par la terre où je plonge les mains
m’occupant à pétrir entre hier et demain
le gourmand d’une vie qui se sait éphémère
Mettez-nous sous le nez les senteurs de la terre
Y compris celles qui ne sont pas de nos mains.
Les savants jardiniers de leurs talents humains
Rivalisent toujours de secret caractère.
Quand Internet est né, Google, faire-savoir,
Amena les bons mots pour combler l’ignorance ;
Mais quand survint l’IA, comme faire-valoir,
Fleurirent tout à coup des masters d’éloquence.
Quand l'école entretient naturellement l'intelligence
Et si l’école était toujours ce lieu sacré
Où s’apprend toute chose utile à la croissance
Du corps et de l’esprit pour que notre naissance
Soit bien égalitaire et son destin nacré.
Vous lisez ce quatrain peut-être lentement,
Car on suit sa cadence aux vers que l’on débite.
Mais vous ne savez pas qu’il faut normalement
Lire aussi vitement que l’auteur écrit vite.
On dit, non sans raison, que tout le monde ment.
Moi, qui ne le dis pas, ne dis pas le contraire.
Il faut, en vérité, mentir honnêtement ;
Le faux est d’autant vrai qu’il a le don de plaire.