Question théorie, avec celle d’Einstein,
La relativité semble être incontestable.
Mais on peut supposer, avec celle d’Epstein,
Que relativement tout le monde est coupable.
J’ai reçu l’au revoir de l’ami Tonton Jacques,
Dont l’avatar montrait « Mon oncle » de Tati.
Qu’il soit frère ou Tonton, voilà que tu nous plaques ;
Moi je vois seulement qu’un poète est parti.
Ce matin, le soleil sourit dans mon jardin.
Enfin — il était temps qu’il me tienne la main.
Depuis trois jours, je n’avais vu que de la pluie,
Puis l’espoir : les nuages ont fui pendant la nuit.
Je connais, croyez moi, des poètes qui font
Des chevilles. Quoi donc ? N’ai-je pas dit : chevilles ?
Je crains, croyez-le bien, quand ils arrêteront,
Qu’ils ne feront plus, non, des vers sans leurs béquilles.
J’ai pensé, ce matin, aller voir à la cave
Comment avait vieilli ma réserve de vers.
Ils étaient poussiéreux, mais vraiment, rien de grave ;
J’en ai trouvé bons quatre, alors je vous les sers.
Un tout petit quatrain aux yeux clairs c'est certain
Me fait bien plus d'effet qu'une longue ballade
Emberlificotée de pleurs et de salades
Qui, tout en me gavant, me laisse sur ma faim
Sur quatre vers, on dit pourtant des choses ;
On peut ouvrir le songe et convoquer le Sphinx,
Peindre steppe et toundra, évoquer des kolkhozes,
Ou parler du dieu Pan amoureux de Syrinx...
On déguste un quatrain comme on fait d’un TicTac :
On le lit en goûtant un instant éphémère.
Et ses auteurs aussi l’écrivent tout à trac,
Sans chercher les bons mots dans le dictionnaire.
Pour ferrer un poète il suffit d'un bon mot
Qu'il puise au dictionnaire avec son havenot
Il est loin d'être un pro mais il y prend son pied
On ne peut le blâmer de s'y être essayé
La mort m’est, cette nuit, dans un rêve apparue,
Et m’a dit : « Cher poète, ou plutôt cher client,
Tu devras dans tes vers m’honorer plus souvent ;
Si tu veux vivre encor, c’est la peine encourue. »