Le héron cendré fixe d’un regard blasé,
La proie cachée au fond, dans la boue détrempée.
Je suis là, au milieu de ce champ moissonné.
Il fait froid, humide, les vertiges saisissent.
Au loin, les collines bleues percent l’horizon.
Il semble descendre de leurs flancs, au galop,
Le brouillard de la mort, sorti droit du tombeau.
L’immense linceul recouvrira le gazon.
Il embrasse les joncs et caresse mes pieds.
L’oiseau me dévisage, se sent épié.
Les sombres cieux vomissent leurs cendres le jour.
Le Héron s’envole et disparaît pour toujours.
Le temps arrête son vol, l’horloge se fige.
La nuit sombre frémit sous les voiles de brume.
Les étoiles, unes à unes, s’allument.
Le fragile roseau, en humble, plie sa tige.
La nuit ferme ses bras sur la plaine assoupie.
La brume, en majesté, méprise ma personne.
J’entends, derrière moi, l’angélus qui résonne,
Le temps de rentrer en ce monde d’utopies.
Ô brume, enserre l’âme, fixe le décor.
Les silences des mondes sont reflets de mort.
Ô, linceul grisâtre, où se perd toute raison.
Les vents portent les oublis vers les horizons.
