En clair moutonnement la brume envahit l’onde
Et couvre d’un duvet le Rhône en son delta ;
Cette opaque blancheur qui le dérobe au monde
Enfouit le vivant dans l’irréel trépas.
De la barge immobile on ne voit plus le nom,
Nul écho ne franchit la nuée vaporeuse,
Le timonier consulte un ciel sans horizon
Et le temps s’effiloche en traînées hasardeuses.
Le rivage avalé dans le gris de l’espace,
Le marinier médite, en homme solitaire,
Sur la vie en allée que le néant remplace ;
Son corps n’a plus de poids et son âme est lumière.
L’extase à peine atteinte, une lueur exsangue
S’élargit sous l’haleine acérée du noroît ;
La proue de la péniche émerge hors de sa gangue
Et l’homme redescend sur les chemins étroits.
