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Poème écrit par Adamantin

Megalopolis

La plaine gît vaincue, soumise sous son poids
Gaïa la puissante, construite par des rois
Ingère l'espace, dévorant ciel et terre
Sa masse humiliante effraie même l'enfer.
Pas un seul bastion, aucune autre cité
Ne peut rivaliser, encore moins lutter
Face à l'immonde ogresse, ils demandent l'aman
Ployant leurs sikharas, pour l'honneur de leur thane.

Les murs plongent des airs, broient l'horizon limé
L'ellipse circonscrit l'extérieur fermé
L'enceinte écrasante absorbe toute lumière
Ne montrant nulle part de faiblesse guerrière.
Au sein de la muraille émerge une ouverture
Col entre deux sommets, la porte la plus dure
Jamais forgée ici enferme ce qui entre
Rien ne peut s'échapper, prisonnier de son ventre.

Les battants monstrueux se joignent sans un bruit
Gormenghast* centuplé, la ville éteint la nuit
Partout béton, acier qui composent son corps
Explosent, encombrent, occupent et abhorrent
Le vide et remplissent les essarts citadins
Les moindres monuments paraissent anodins
Les tours fières percent les faîtes des nuages
Illuminées parfois de l'ire des orages.

Les flèches s'élancent, les parois escaladent
Mille immeubles dressés, perchés aux balustrades
Uni par des arches, ne formant qu'un seul dôme,
Le lacis des balcons innerve l'atrium.
Des étages partent des ponts qui s'entrecroisent,
Les ogives des nefs soutiennent les ardoises
De cent basiliques aux vitraux mordorés,
Kyrielle de transepts battus par le borée.

Au pied des colosses s'enfoncent dans les chairs
Des escaliers sans fin, ligaments millénaires.
Au fil des ans la ville a conquis les abysses
Poussant ses racines qui sans arrêt s'immiscent.
Creusant, taillant le roc, les couloirs s'enchevêtrent
Labyrinthe enterré où l'obscur est le maître.
Entre les cavernes les traboules s'enchaînent
Au creux des ténèbres parcourues par la peine.

Ce pays des tréfonds appartient aux Proscrits
Omis de la surface, entachés de mépris,
Ces ilotes damnés hantent les latomies,
Ergastule maudit perdu dans l'anomie.
De leurs mains algides appelant les sportules,
Les estomacs vides des pauvres homoncules
Clament les stigmates de faims piaculaires
Hurlant leurs souffrances de cris vernaculaires.

Certains sont nés ainsi, semences rudérales
Sans espoir de sentir les douceurs vespérales
D'un sommeil reposant, Sisyphes désignés,
Fruits du fatum létal, Prométhées résignés.
D'autres ont été jetés par la mer de lavure
Noyés, encalminés sur l"îlot de Subure
Griffant les bords du puits, ils voudraient remonter
Mais seule une poignée en a la volonté.

Loin, très loin au-dessus, sous la lune gibbeuse
Les Soumis se pressent sur l'agora houleuse,
Marée de Panurge, plèbe œuvrant sans passion
Agrandissant toujours l'infâme construction.
Vaquant à leurs tâches, acquittés d'une obole
Juste suffisante pour quelque joie frivole.
Satisfaits de leur sort, sous la pluie lénifiante,
Ils se laissent porter vers la mort vivifiante.

Parfois ils s'enflamment, aspirent à l'ambroisie
Fracassant les peulvens, cherchant la parousie.
Ils débutent l'assaut des loggias palatiales
Ils pensent mettre à bas le logos des galgals.
La herse s'ouvre alors, les lansquenets jaillissent
Stipendiés pour jeter du haut du précipice
Les révoltés vaincus au pied des cariatides,
D'où coule une eau garance aux effluves fétides.

Cachés dans la foule, négligés du pouvoir,
Les Scaldes parcourent les sentes de l'espoir
Lapsi ou renégats, cherchant les inférences
Tue dans le satori pour sauver leurs consciences.
Contre les mercanti, éparques nobiliaires,
Ils luttent en silence, édifient des laraires
Et offrent au divin des vers de liberté
Volant vers l'empyrée, témoins de leur fierté.

Chantant sous la voûte, prière immarcescible
Saignant sur la route, rivière incoercible
Devenus pérégrins, parias en leur maison,
Évitant les syrtes, ils fuient la fanaison.
Au creux de leurs songes, l'alcyon s'est endormi
Couvant l’œuf à venir des lendemains promis,
Où les chaînes brisées fleuriront d'endymions
Tandis que les hommes iront sans répression.

Dominant les à-pics, occupant chaque cime,
Voici les Avides, imposant leur régime
Maîtres du royaume, hautaine oligarchie,
Poursuivant le profit et chassant l'anarchie.
Leurs palais surannés étouffent le discret,
Litée outrancière dont l'or n'est pas secret
Le somptueux se vêt pompeux de vénusté
Le blanc marmoréen oublie la vétusté.

Cette ploutocratie se compose d'ascètes
Grappillant chaque sou, amassant les piécettes
Ou de sybarites, goûtant tous les plaisirs
Orgiaques, abusent de leurs moindres désirs
Saignant les modestes, s'abreuvant du labeur
Des bras meurtris d'en bas qui œuvrent en douleur
Sans égards pour tous ceux qui ont nourri l'essence
De cette profusion mêlée à l'indécence.

Nulle aube sur ce monde, pas de répits offerts.
Déployant leurs ailes, les Stryges de leurs serres
Entrent dans la danse, d'un cri elles s'abattent
Inscrivant le destin sur les chairs écarlates.
Proscrits et Avides, Scaldes, Soumis mêlés,
Les mortels sont les proies de ces démons ailés.
Gaïa mégalopole, entité inhumaine
Continue sa croissance, à jamais notre reine.
Gormenghast est une série de romans fantastiques de l'auteur britannique Mervyn Peake, qui raconte l'histoire des habitants du château de Gormenghast, une gigantesque structure labyrinthique tentaculaire de la taille d'une ville.

Tous droits réservés © Poème posté le 08/09/2026 par Adamantin

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