Voulant faire valoir ses droits à la retraite,
Un pêcheur albatros, dans son onde secrète,
Pensait prendre d’un vol ses ailes à son cou
Pour outre dépasser son rêve le plus fou.
« J’aime régir ma vie et veux, selon ma guise,
Commettre le péché de la fainéantise. »
Glisse-t-il au patron qui n’ose retenir
Un pécheur confessant si peu de repentir.
Et de fait il voyage et traîne sa carcasse
Dans des lieux où le temps différemment se passe ;
Il cède à la langueur de pays tropicaux,
Plane sur les airs lourds d’arides siroccos,
Laissant sa liberté voir, en tant que maîtresse,
Combien sa vie avant avait de petitesse.
Ce premier enthousiasme une fois suscité,
Il se souvient qu’il a des liens de parenté :
Êtres évanouis au fond de sa mémoire,
Racines que sa terre oppose au provisoire…
« Mais c’est le Jonathan ! » s’exclame son cousin,
Le confondant sans doute avec l’oiseau voisin.
« C’est toi ? C’est vraiment toi ? » lui demande sa mère
Qui ne reconnaît point sa plume la plus chère.
C’est alors qu’il comprend combien son goût d’ailleurs
A porté, sans façon, atteinte à ses valeurs.
Sur les traits maternels, il voit son égoïsme
Que d’avoir opposé l’amour et l’exotisme.
Peut-il être lui-même en dehors de ses clous ?
Et peut-on vivre au loin sans semer de cailloux ?
Il s’en retournera sous d’autres latitudes
Avec des bleus au cœur et moins de certitudes.
