Dans mon départ, je vole
ils marchent tous avec moi
ombres et forces mêlées dès l'aube et sous l'effroi
Oh, je deviens pirate,
et mon épée puissante
se venge en un éclair
parmi une troupe d’anges d'hier
Je fais une pause lasse au bord du jour qui fuit
La Force et la Brutalité
déversent leur averse de mots,
sans sourciller,
une pluie qui danse
sur des baisers fragiles
Me voilà mendiant
aux souliers usés., ivre et presque mort
La Colère s’emmêle à mes pinceaux,
tord les couleurs, les brouille
bouscule les lignes, s’empresse,
tandis que la Patience ruisselle
sous une pluie d’été
qui sent l’herbe mouillée
et les départs au pied levé.
Je croise ma Fierté,
mal peignée, mal fagotée,
qui ne fait pas bonne figure,
et le Sérieux qui m’habite parfois :
elle court rue des Oubliés,
rue de la Paix,
à travers tout Paris,
et se cogne au passant maladroit
Ce vagabond distrait qui attend le prochain tramway
La Joie n’est pas toujours au rendez‑vous,
des heures des minutes infinies
mais elle s’accroche
à la lumière d’un vieux réverbère
place Vaugirard, tremblante
tandis que le Doute
se mire volontiers au pont de l’Alma,
comme une eau sombre
où se noient ces questions
Qui demeurent sans réponse
Et moi,
au milieu de cette foule pressée,
Perdue
devant cette armure de fer
où grimpent et regrimpent
des escaliers interminables,
je fais un pas,
puis deux,
place du Trocadéro.
Je pense à mon amour
qui vit ailleurs,
Aux mots que je voudrais lui lancer
sans demander la permission.
Mais le départ,
c’est être soi sans soumission
debout dans le grand vent,
tête haute,
sans plier.
Alors adieu
à mes tourments, ma poussière vinaigre !
J’écris ces mots
comme un emblème,
un drapeau levé
sur ma liberté.
