Un loup fort morose
S’ennuyait dans sa chaumière
Il passait son temps à voyager
À apprivoiser et à courtiser
Sa route était longue
Et sur son destrier
Il tenait la cadence
Ce loup avait trois filles
Jolies et intelligentes
Joueuses et malines
Mais il en voulait toujours plus
Sa vie semblait bien rangée
Mais il se lassait
De ses conquêtes
De ses excès
De ses extravagances
Pauvre âme en peine
Rongé par les regrets
D’avoir trompé trahit
Celle qu’il aimait
Et ne savait comment faire pour rendre sa vie plus gaie
Il séduisait
Il souriait
Il s’abreuvait volontiers
De quelques substances et liquides
Aux pouvoirs éphémères
Un soir de passage
Il vit une pauvre crevette
Qui passait par là
Décortiquée par la vie
Le cœur brisé
Par la vie
Par les échecs
Et se prit de piètre pour elle
Il décida de mettre de piment dans sa vie
Maudite crevette
Qui fut éprise de ce loup
Et qui s’accrocha comme une sangsue
S’en suivit une histoire
Qui dura deux années
Crevette ce que nous vivons n’aura point de lendemain
C’est une aventure une parenthèse un instant
Ne t’invente pas de faux espoirs je suis sincère mais je ne suis pas à toi
Mais la crevette n’en fit qu’à sa tête
Elle se pliait et se dépliait
Se faisait toute petite
Mais s’obstinait
Elle s’enroulait autour du corps de ce loup
Ce loup qui ne voulait point la décevoir
Il n’était point amoureux
Et il fallait l’admettre
Le loup se languissait
Et regardait par la fenêtre
Le soir venu le loup pensait réfléchissait à sa vie
Il voyait son étoile briller au loin
Comme une lumière divine dans ce ciel si sombre
Un beau soir de novembre
Il fut convié à une soirée mondaine
Ou il tomba sous le charme
D’une belle louve blanche
Qui n’avait rien d’une blanche colombe
Au pelage délicat
À la plume facile
Au verbe haut
Qu’il en oublia son passé
En proie avec cette crevette
Dont il se résolu à se débarrasser
Cherchant mille excuses
Avouant sans détour
Qu’il fallait mettre un terme à leur relation
À force de mots de regards et de signes
Il traînait la patte la queue entre les jambes
Le museau bas
La crevette pleura pendant 100 jours et 100 nuits
Cherchant à se venger par tous les moyens
Proférant insultes et menaces
Vers un dialogue dont sa rivale se mêla
Avec quelques termes bien choisis
Défendant bec et ongle son territoire
L’invitant expressément à les laisser tranquilles
Et à vivre sa vie
Alors le loup parla enfin sans trembler
Tu n’entres pas dans la composante
Et lui fit comprendre clairement
Quelle doit cesser son chantage affectif
Ses pleurs ses menaces ses allusions
Pour qui te prends tu tu n’est pas de taille
Le loup garou se cache derrière la haie
Et sors sa femelle la louve d’un pas assuré
Sur un ton ferme elle lui déclara net
Quand nous irons nous éclater sur des plages désertes on te le fera savoir ou pas
Mais tu n’as plus ta place dans l’histoire
Il lui fallu oublier le loup
Qui à présent
Vit un bonheur parfait
Dans quelque vie parallèle
Du monde lointain
Aux côtés de sa louve
