Quand la nuit descend et couvre le seuil,
ils cherchent la bête dans mon souffle,
le loup-garou tapis au creux de mes silences.
Ils me regardent de biais, avec un froid mépris,
comme si je payais par le sang la maison qu'ils m'ont léguée.
Et moi, je ne porte que ce calme désert.
Ce vide où il n'y a plus de mains
pour m'enacer quand le monde entier était contre moi.
Ils étaient mon bouclier, mon foyer, mon unique sens.
À présent, sous ces étoiles lointaines et indifférentes,
je suis restée seule avec leurs regards
et leur avidité qui mesure la valeur
en mètres carrés et en larmes étrangères.
Ils voudraient que je hurle avec les loups,
que je montre les crocs de leur propre rage.
Mais je ne cherche pas le pardon de ceux
qui n'ont jamais su ce que c'est d'aimer un enfant,
qu'il soit donné par le cœur ou né de la chair.
Je veux seulement que le vent emporte leur colère
loin de mon âme.
Et tandis que je regarde cet éclat froid et lointain du ciel,
ce qui me fait le plus mal, par-dessus tout,
c'thais que vous n'êtes plus là,
qu'il n'y a plus votre voix pour me défendre
de cette obscurité humaine.
