Les portes pourront se fermer
De la caserne du bordel
Du sana de l'hospice mais
Pour décéder à tire-d'aile
Je me retaperai l'armée
Où je m'étais fait fin gourmet
Je passerai outre-frontière
Et je me battrai pour un sou
Pour un carton de crème entière
Un petit peu de pâte à choux
Un chapon à la forestière
Qu'importe aujourd'hui qu'importe hier
S'il me fallait mourir sans bruit
En un mouvement de la bouche
Je garderai mes pauvres fruits
Entre ma chemise et ma couche
Comme je le faisais la nuit
À l'orphelinat de Pertuis
Les filles chapardaient des poires
Dans un grand panier en osier
Et les cachaient dans la nuit noire
En-dessous de leurs chemisiers
Pour ne laisser dedans l'armoire
Que deux mètres carrés de moire
Tripes à la mode de Caen
Plats de terroir pâtés volailles
Je n'ai reçu dans mon carcan
Jamais qu'une poignée de paille
Et quelques miettes de pécan
Peut-être ne fus praticant
Mais sachez Dieu que rien n'évince
La faim que j'eus toute ma vie
Regardez comme je suis mince
Le jour où l'on m'aura ravi
Et que mes grandes badigoinces
Me feront heureux comme un prince
J'aurai à tout-va des gâteaux
Et ferai toujours bonne chère
Si l'on m'abandonne bientôt
Et qu'on fait élaguer ma chair
Pour la donner sur un plateau
À cet orphelinat catho
Que je me goinfre de pilaf
Qu'on m'enterre sur un chemin
Et pour enfin combler ma soif
Qu'on grave tout au féminin
Car on dit bien une épitaphe
Sur mon sépulcre pour paraphe
Proches qui regrettez ma viande
Passants avec vos primevères
Comme l'inanité est grande
Jadis je faisandais mes vers
Aujourd'hui les vers me faisandent
Dessous l'œillet et la lavande
