Photo de Salus
Poème écrit par Salus

Langue de femme

2
Puisque aucune rumeur de l’amour ne caresse
Plus mes horizons plats, pour qu’il réapparaisse,
J’invoque, ô fée, au fond du magique désir,
Ce reflet sulfureux dont je n’ose saisir
Le chatoiement ténu, chez la sœur supposée,
Pour pouvoir recueillir la confidence osée....

Déjà je ne vois plus qu’une morne lueur
Poindre à ton œil bleu, belle, et quelque accroche-cœur
Tourne à la plaie un fer mû des hivers immenses
Où s’éteindront enfin mes stériles semences.

Toi, passante adorable au sourire éclatant
L’aumône de ta lèvre, un air que j’aime tant,
M'est comme l’oxygène au mourant qui se noie,
Comme un rai de lumière au profond de l’ormoie...

De la coupe à la fièvre, hélas, tout est trop loin ;
Au printemps la luzerne, au printemps le sainfoin ;
Aux noires fenaisons de mon lointain automne
Si mal joui des flirts, mon désastre autonome…



A l’aune de la flemme, une idylle est un flop ;
Faudrait-il préférer sucer le sein d’un clop,
Cantonné, quand on est aux brises surannées,
Que les promesses sont tout au plus ahanées...
Comme on se croyait sage, on se découvre vieux,
Et l’on a beau lutter, pas nier, mais - pas mieux !

C’est insidieux, subir la vie est un ravage
(On se teindrait, bientôt, pour rester à la page) !
Emporté vers le large on voit tout s’éloigner ;
D’une main qui demeure on pourra se soigner,
De l’autre on tient à flot l’absence qui nous reste.

La néante contrée où le temps déforeste
La sylve ultime de son rêve dévasté
Qu’on crache ainsi qu’un vin mauvais qu’on a tasté.

Je reste un vieil enfant dont l’espoir se fourvoie
- Car il faut l’estomac, et le cœur, et le foie,
Pour rechercher encore, O gente dame, sœur,
De mes organes creux l’orgasme de ta fleur.

Tous droits réservés © Poème posté le 26/07/2026 par Salus

...