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Charabia

Charabia

Li françeis, quant li poëtes dit e fet,
mult est puliz cum sigil d’un grant barun.
Mes pur cel estrange ki l’oït, n’entent net,
turt a noise, n’i ad dreite raisun.

Il quid dire veir e dreiture,
e fet ses vers sulunc lei e essample ;
mes cil de luinz, senz clarté ne mesure,
n’i oït fors estrif, parole tramblaunt.

Ceo n’est mie folie se l’en n’i entent,
ainz est defaute de clef pur l’us uvrir ;
li sens s’en vait quant hum nel prent,
e remaint clos cum chastel, mort, sanz issir.

La parole fine, tant est honurée,
est oscure a cil ki nel set tenir ;
e sage hum poet estre, nient oïe,
quant l’altre munt n’en poet la voiz oïr.


Traduction: voir note de bas de page
A part le titre, ce texte est composé en vieux français anglo-normand, tel qu’il pouvait être pratiqué dans les milieux lettrés des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles, notamment en Angleterre après la conquête normande. Il ne s’agit pas d’une transcription d’un manuscrit précis, mais d’une recréation qui s’efforce de rester fidèle à l’esprit, au lexique et à la syntaxe de cette langue telle qu’elle nous est parvenue à travers les œuvres des clercs et des poètes médiévaux.
On y retrouve des formes et des tournures propres à l’époque, avec une écriture parfois irrégulière, comme on peut en voir dans les manuscrits médiévau, ainsi qu’une syntaxe souple, moins fixée que celle du français moderne. Le texte assume également une certaine rugosité, propre aux copies manuscrites, où l’irrégularité n’est pas une faute mais une marque vivante de la langue.

Traduction littérale


Charabia

Le français, quand le poète le dit et le compose,
Est très poli, comme le sceau d’un grand baron.
Mais pour l’étranger qui l’entend sans le comprendre,
Tout devient bruit, et il n’y trouve aucune raison.

Il croit bien dire vérité et droiture,
Et compose ses vers selon règle et exemple ;
Mais celui qui vient de loin, sans clarté ni mesure,
N’y entend que querelle et paroles tremblantes.

Ce n’est pas folie si l’on n’y comprend rien,
Mais défaut de clé pour en ouvrir l’accès ;
Le sens s’en va quand on ne le saisit pas,
Et demeure clos comme un château sans issue.

La parole fine, si honorée soit-elle,
Reste obscure à celui qui ne sait la manier ;
Et un homme peut être sage sans être entendu
Quand l’autre monde ne peut entendre sa voix.

© Poème posté le 03/05/2026 par Uxellos

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