En ce soir d’octobre, la ville d’Antalya frémit.
Le vent se lève.
Je regarde à travers la fenêtre la pénombre.
Les branches claquent contre la vitre de la chambre,
le bruit se fait de plus en plus présent.
J’entraperçois les arbres qui dansent,
de plus en plus vite.
La pluie brouille ma vision.
Les gouttes d’eau se transforment en glace
et le bruit devient perçant.
Une branche sectionne la ligne téléphonique.
Les glaçons deviennent des sphères dévastatrices.
Je suis à l’abri.
À l’abri de tout.
Mais pas de l’ennui.
J’ai terminé mon livre.
Le réseau n’est plus.
Mon téléphone n’est d’aucune utilité.
La télévision ne fonctionne pas davantage.
Pour une fois depuis longtemps,
je suis seule avec moi-même.
Épuisées, les distractions du monde moderne.
Je tourne en rond.
Je vais demander des nouvelles du réseau au concierge.
— Pas avant 2 heures, me répond-il.
Je retourne dans ma chambre, désarçonnée.
Moi… et enfin, enfin te voilà.
L’ennui.
Je te croyais disparu à jamais.
Te revoilà.
J’appréhende ce sentiment perdu.
Tu ne viens pas seule.
Je ne peux pas non plus la faire taire,
la souffrance.
Elle est là.
Je suis bien obligée de la regarder,
de la ressentir.
Impossible de m’en détourner.
Je l’approche avec douceur, avec tâtonnement.
Je la regarde sans vraiment la voir,
avec toujours l’espoir de m’en détourner.
Mais plus je m’en détourne,
plus elle m’arrache la poitrine.
Alors je fais volte-face.
Ok.
Toi et moi, on va en découdre.
Je la regarde.
Elle me regarde.
Je te vois.
Je te ressens.
On va s’accompagner
et danser ensemble sur le papier.
Elle se crache sur la page.
Les maux deviennent des mots,
des images,
des couleurs,
des traits,
des symboles.
J’en viens presque à regretter ton absence
dans ma vie actuelle.
Ainsi, j’ai appris :
de l’adversité,
de la souffrance
et de l’ennui
naît la création.
