Le sursis
1
La nuit a recouvert de son voile confus
Le monde fatigué qui aspire à la trêve.
Contre les bons vouloir courageux et diffus,
Un ténébreux obstacle intimidant s'élève.
Moi-même subissant cette chape de plomb,
Tout comme un cro magnon terré dans sa caverne,
Avec la lâcheté que l'on prête au félon,
Dans mon pauvre logis, honteux, je me caserne.
Car dehors désormais, en place des couleurs,
Voici qu'est advenu le royaume des ombres
Avec ses bruits suspects, ses aîtres receleurs
De fantômes épars, de perspectives sombres.
Alors qu'il y a peu, je vaquais sous le ciel
Afin de m'enrichir de rencontres fertiles,
Ce soir, dans la pâleur d'un feu artificiel,
Je suis seul, assailli de pensées versatiles.
Si la vie est un rêve entouré de sommeil
Comme ce cher William le disait à son heure,
Comment ne pas chercher à rester en éveil
Pour ne pas que l'esprit désappointé ne meure.
Oui, dormir constitue une petite mort
Et un entraînement pour le moment suprême
Où il faudra partir et accomplir le sort
Qui nous est assigné à tous dès le baptême.
Cette heure nous rappelle avec brutalité
Que nous sommes ici seulement de passage,
Qu'il faut envisager même de tout quitter
Avant d'être arrivé jusqu'au bout de son âge.
Shéhérazade ainsi, cette vierge aux grands yeux,
A un destin tragique, injustement soumise,
Avait imaginé des contes merveilleux
Pour repousser la fin qui lui était promise.
Quant à moi, m'inspirant d'elle, de nuit en nuit,
Afin de conjurer une obscure menace,
Dans les livres d'auteurs pourfendeurs de l'ennui,
Je cherche l'antidote où le trouble s'efface.
Le monde fatigué qui aspire à la trêve.
Contre les bons vouloir courageux et diffus,
Un ténébreux obstacle intimidant s'élève.
Moi-même subissant cette chape de plomb,
Tout comme un cro magnon terré dans sa caverne,
Avec la lâcheté que l'on prête au félon,
Dans mon pauvre logis, honteux, je me caserne.
Car dehors désormais, en place des couleurs,
Voici qu'est advenu le royaume des ombres
Avec ses bruits suspects, ses aîtres receleurs
De fantômes épars, de perspectives sombres.
Alors qu'il y a peu, je vaquais sous le ciel
Afin de m'enrichir de rencontres fertiles,
Ce soir, dans la pâleur d'un feu artificiel,
Je suis seul, assailli de pensées versatiles.
Si la vie est un rêve entouré de sommeil
Comme ce cher William le disait à son heure,
Comment ne pas chercher à rester en éveil
Pour ne pas que l'esprit désappointé ne meure.
Oui, dormir constitue une petite mort
Et un entraînement pour le moment suprême
Où il faudra partir et accomplir le sort
Qui nous est assigné à tous dès le baptême.
Cette heure nous rappelle avec brutalité
Que nous sommes ici seulement de passage,
Qu'il faut envisager même de tout quitter
Avant d'être arrivé jusqu'au bout de son âge.
Shéhérazade ainsi, cette vierge aux grands yeux,
A un destin tragique, injustement soumise,
Avait imaginé des contes merveilleux
Pour repousser la fin qui lui était promise.
Quant à moi, m'inspirant d'elle, de nuit en nuit,
Afin de conjurer une obscure menace,
Dans les livres d'auteurs pourfendeurs de l'ennui,
Je cherche l'antidote où le trouble s'efface.
Nul ne peut atteindre l'aube sans passer par le chemin de la nuit. Khalil Gibran
Tout écrivain est Shéhérazade, tout écrivain porte en lui une menace de mort. Michel Butor
Tout écrivain est Shéhérazade, tout écrivain porte en lui une menace de mort. Michel Butor
