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Poème écrit par Tontonjacques

Les Gens de l'île de pierre

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Les gens. Menus, sans doute. Frêles ― grêles ; peu manifestes : peu sûrs. Peuple crochu. Crispé. Peuple crépu de racines interstitielles. Texture de racines, syntaxe de la roche abrasée. Sous les pas, racines.

Genou en terre. Les deux genoux ; et puis les mains ― allongez-vous. Cédez à la rugosité saline. Desserrez les dents. Le gravier explore le palais. La roche amère rétracte la langue. Peu importe. Écoutez. Ce sont les gens de l’île. Ils parlent. Pas à vous, non : ils se parlent. Se murmurent entre eux leurs pensées souterraines, leurs songes intriqués de racines ― de très anciennes racines neuronales. Polyphonie infime, hymne subtil et intuitif. Ils vous pressentent là. Peut-être vous jugent-ils ; peut-être vous blâment-ils. Mais vous ― comment le sauriez-vous.

Et déjà vous vous arquez ― et vous vous rigidifiez ― et vous vous solidifiez. La respiration se bloque. La pensée durcit. Vous voici tronc, branche sèche, arbre pétrifié. Vous voici soudé au sol, soudé comme par le sel. Il faudrait pleurer, bien sûr, mais comment pleurer pierre ? comment crier roc, et mâchoires cimentées ? La voix serait pulvérulence.

Et voici. Désormais, vous savez. Ce qui s’infiltre par votre gorge, ce qui s’instille dans votre cage thoracique, enserre vos vertèbres ; ce qui s’agrippe, ce qui s’incruste ; ce qui vous infibule ; ce qui vous étreint ― ce qui vous aime…

... les gens de l’île de pierre.

Tous droits réservés © Poème posté le 06/12/2025 par Tontonjacques

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