Bien souvent j'ai posé mon cul sur cette chaise
À l’étage moins trois
Et contemplé, pensif, mon œuf dur mayonnaise
Ou mon triste veau froid.
Chaque jour, à midi, la salière en plastique
Et la carafe d’eau
Me tiennent compagnie, tandis que je mastique
Sans ardeur mes poireaux.
Ma fourchette à la main, je trifouille, morose,
Mes fades crudités ;
Je dois bien l’avouer, je n’attends pas grand chose
De ce piètre pâté.
Carottes sans saveur, céleri rémoulade,
Un taboulé parfois,
Le menu désolant me rend souvent maussade :
Je manque un peu de foi.
Au parti douloureux de ces pommes à l’huile
J’adhère en soupirant ;
J’y pêche, taciturne et sans espoir futile,
Un funèbre hareng.
Le gratin m’indiffère, et même le steak frites
Ne me transporte pas ;
La pizza burrata reste la favorite
De mon maigre repas.
Dehors, le soleil brille, et l’océan ressasse
Ses rouleaux vagabonds ;
Mais toujours, tôt ou tard, au final me fait face
Mon rouleau de jambon.
Cependant je m’entête, et ne peux me résoudre
À chercher mieux ailleurs ;
Les empires altiers peuvent tomber en poudre,
Et rire les railleurs.
Car mon apostolat chaque jour m’y destine
— Comprenne qui voudra —
Et mon sort affligeant restera la cantine :
Ainsi dit le contrat.
Peu à peu je vieillis, le nez dans mon potage
Ou dans mon pot-au-feu ;
Le quotidien me ronge, il a dans ses bagages
Emporté mes cheveux.
Quand enfin je me lève, et m’éponge la bouche
D’un revers de la main,
Je me dis, fataliste, en écartant les mouches :
Ça ira mieux demain.
Poème écrit par
Tontonjacques
Restaurant d'entreprise
3
J’avais déjà posté ce texte autrefois, mais je crois qu’il était enseveli quelque part au fond du Panthéon : je l’en ai exhumé, ça devrait améliorer sa visibilité. Et comme le dit Tonton Georges : Et dans nos cœurs / Pauvres joueurs / D’accordéon / Il fait ma foi / Beaucoup moins froid / Qu’au Pan-an théon !
Tous droits réservés © Poème posté le 29/11/2025 par Tontonjacques
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