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Le Cerf et l'Ornithorynque
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Un noble Cerf, épris de faste et d'apparat,
Et trouvant le temps long dans sa demeure agreste,
Souhaita recevoir — mais brillamment ; au reste,
Que l'assistance fût nombreuse et admirât
Sa prodigalité. Enfin, il crut bien faire
D'inviter tous les Mammifères.
Ceux-ci, fort alléchés, comme on le pense bien,
Accoururent avec la plus grande obligeance
Au jour dit par Son Excellence.
La fête fut exquise et du meilleur maintien :
Le Lièvre y devisait avec l'Hippopotame,
Le Loup avec l'Agneau, l’Âne avec le Lion ;
Le Chat philosophait avec componction,
Et le Singe faisait des courbettes aux dames.
La chère était friande, et la beauté du lieu
Charmait les esprits. Bref, tout allait pour le mieux,
Quand parut, sans crier gare
Et venant de Tasmanie,
Certain Castor ovipare
Qui, bousculant la compagnie,
Se précipita de bon cœur
Sur le buffet et les liqueurs.
On l'y vit déployer un zèle si extrême
Que bientôt il fut saoul comme Bacchus lui-même.
Il plongeait à grand bruit son rostre de canard
Dans les mets les plus fins et les plus délectables,
Tout en martelant sur la table
De sa queue aplatie un fox-trot goguenard ;
Et, non sans éructer avec l'accent angliche,
De sa patte palmée alla jusqu'à flatter
La croupe de l'hôtesse, en lui criant : – Ça biche ?
La dame s'émouvant, le mari alerté
À la fin voulut protester :
– Monsieur, ne pourriez-vous... Mais à cette apostrophe
Répliqua le malotru :
 – Cousin, vous êtes cocu,
Vos dix-cors en font foi : vous en avez l'étoffe.
Il n'y a pas plus c... qu'un Cerf,
Et quant à moi, je reprendrais bien du dessert.

Moralité :

Jouez l'amphitryon si vous le désirez,
Soyez pourtant mieux inspiré :
Cette fable vous en convainque,
N'invitez pas l'Ornithorynque.

© Poème posté le 25/10/2025 par Tontonjacques

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