Soumission
2
Au travers de la nuit miaule tristement *
Un chat seul qui n’a vu que son appartement,
Qui n’est jamais sorti que, pour sa triste peine,
Chez le véto cupide, il coupa, net, sa veine
Et fit de lui rien d’autre qu’un félin, semblant,
Eunuque, unique chat, face à son pair, tremblant.
Du haut de son balcon, bien sûr, il voyait celles
Qu’auraient pu devenir un harem de femelles
Mais au septième, tous ses sens étaient juchés,
Son instinct, sa nature semblaient, là, muchés.
Feu de son devenir et du regard qu’égaye
La liberté de l’air et sa beauté – Merveille- !
Bien qu’il s’habituât, pour ses maîtres, dansant,
Il allait, triste, à tous les plaisirs, renonçant :
Ne pas foutre la trousse au moindre rouge-queue
Ni même titiller les nerfs de la pie-bleue,
Juste rester sur le divan, meuble ployé
Tel un toutou docile, Ô quel bel employé !
- Regardez donc son œil, on dirait écarlate
Et magnifique, un désespoir bleu qui se flatte
De ne pouvoir exprimer par le bruit des mots
Quelque impuissance où se plient quelques animaux,
Dit Madame, se chauffant la chatte à la braise
D’un feu ronflant qui, sûr, tant sa fraise et sa fesse,
Ne souffraient de fournir aucun affolement
Autre que de gémir et mourir mollement
- Voilà ma vie et je n’aurais pas d’autres angles,
Je suis chat domestique et n’ai choisi mes sangles,
Et depuis Cléopâtre et depuis son orgueil,
Infiniment soumis, son cœur est dans mon œil.
• Dernier vers du poème Les jungles de Leconte de Lisle
Un chat seul qui n’a vu que son appartement,
Qui n’est jamais sorti que, pour sa triste peine,
Chez le véto cupide, il coupa, net, sa veine
Et fit de lui rien d’autre qu’un félin, semblant,
Eunuque, unique chat, face à son pair, tremblant.
Du haut de son balcon, bien sûr, il voyait celles
Qu’auraient pu devenir un harem de femelles
Mais au septième, tous ses sens étaient juchés,
Son instinct, sa nature semblaient, là, muchés.
Feu de son devenir et du regard qu’égaye
La liberté de l’air et sa beauté – Merveille- !
Bien qu’il s’habituât, pour ses maîtres, dansant,
Il allait, triste, à tous les plaisirs, renonçant :
Ne pas foutre la trousse au moindre rouge-queue
Ni même titiller les nerfs de la pie-bleue,
Juste rester sur le divan, meuble ployé
Tel un toutou docile, Ô quel bel employé !
- Regardez donc son œil, on dirait écarlate
Et magnifique, un désespoir bleu qui se flatte
De ne pouvoir exprimer par le bruit des mots
Quelque impuissance où se plient quelques animaux,
Dit Madame, se chauffant la chatte à la braise
D’un feu ronflant qui, sûr, tant sa fraise et sa fesse,
Ne souffraient de fournir aucun affolement
Autre que de gémir et mourir mollement
- Voilà ma vie et je n’aurais pas d’autres angles,
Je suis chat domestique et n’ai choisi mes sangles,
Et depuis Cléopâtre et depuis son orgueil,
Infiniment soumis, son cœur est dans mon œil.
• Dernier vers du poème Les jungles de Leconte de Lisle
