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Cartographie d’une colline insurgée
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Je broie mes larmes en matière d’insurrection,
et j’enfile les perles du manque
autour de ton cou,
ô matrice première —
non pas pour orner,
mais pour marquer le lieu de la brûlure.
Le chagrin n’est pas une plainte.
C’est une machine.
Un moteur à intensités variables.
Et moi je suis ce corps qui fuit,
ce corps sans centre,
ce corps sans organe,
ce corps qui saigne.
Le flambeau s’est éteint ?
Non, il s’est enfoui.
Sous la roche, entre les plis,
là où la pensée fait relâche pour mieux bondir.
Je creuserai dans l’os du réel,
je rongerai la pierre jusqu’à l’éclat,
et je ferai danser le langage sur les pentes du silence.
De crête en crête —
je ne pense pas, je monte.
De colline en colline —
je ne parle pas, je brame.
Je me jette dans les vallées,
non pour tomber,
mais pour dériver en flux,
multiplicité pure.
Et je ris.
Je ris à m’en briser les dents,
car c’est moi qui fais marcher le temps.
Je tords le cou au destin.
Il y eut un poète —
pas Neruda, non,
pas même Tagore.
Mais un souffle,
un devenir-femme,
devenir-mort,
devenir-feu.
Il perdit tout,
la fille, la mère, le père, l’enfant.
Mais il gagna ce que les vivants ignorent :
l’éclat d’écrire sur le nerf à vif.
La tempête qui souffla sa maison
lui rendit son corps.
Et le monde,
ce monde si oublieux,
ne perdit rien —
car rien ne se perd dans le cri.
Maman,
je continuerai de scarifier les phrases
avec mes larmes —
pas pour pleurer,
mais pour inscrire.
Pas pour orner ton cou,
mais pour poser une topologie.
Une carte.
Un cri.
Un commencement.
Je marcherai dans la gloire,
non pas celle des vainqueurs,
mais celle des éclatés,
des fêlés,
des traversés.
Car la douleur est une colline.
Et chaque chagrin,
un sommet où germe une autre pensée.



© Poème posté le 06/06/2025 par Nihilisteo

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