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Mémoire en clair-obscur
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Dodo l’enfant do
L’enfant dormira bien vite…

Comme cette comptine (que ma mère chantait)
Lorsque j'était gamine) toute recroquevillée
Par le froid de l’abîme où elle est enlisée,
Les portes de sa mémoire se sont fermées.

Cassée, fanée, usée par toutes les années
Consacrés aux enfants,
Sans l’ombre d’un amant,
Où est le futur quand on n’a plus de passé ?

Sur la tapisserie,
Les photos de ses chers : mari, famille, nièces
Dans leurs cadres jaunis
La dévisagent sans qu’elle les reconnaisse.

Un arrière petit- fils vient la voir quelquefois
Mais il ne comprend pas que sa douce mémé
Le nomme, un jour, André
Et un autre, Benoît

Du fauteuil à la chaise et de la chaise au lit
Ainsi passent les jours, aux teintes de l’ennui.
On entend peu sa voix. Figée dans le silence,
Chaque phrase étant source d’énorme souffrance.

Elle qui composait, des poèmes sublimes
Enjolivant les mots
Qui, de rimes en rimes
Ricochaient sur l’ écho,
Doit, dès lors, les glaner au plus profond d’un puits
Et quand le seau hissé, touche enfin la margelle
Il n’y a que quelques consonnes et voyelles
Qui gouttent goutte à goutte de la seille meurtrie.

Mais, lorsque, dans le clair-obscur de sa mémoire
Un rai perce le mur la plongeant dans le soir,
Son visage, soudain
S’illumine comme celui d’un chérubin,
Sur ses lèvres un sourire
Éclot, fleurit et vient, sitôt, s’épanouir,
Tandis que, de nouveau, ses beaux yeux bleus pétillent
Comme quand elle était encore petite fille.

...Dodo, l'enfant do,
L'enfant dormira bientôt.

À ma mère.

© Poème posté le 17/05/2025 par Aalice

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