De mon temps disait-elle
et je voyais valser
de fraîches demoiselles
en dentelles nacrées
De mon temps disait-elle
et je voyais diaprées
fleurir sous les ombrelles
des dames dans un pré
De mon temps on battait
les étés au fléau
en hiver on fourrait
de paille nos sabots
En ce temps ma grand’mère
ne savait des dentelles
que celles des fougères
aux fenêtres du gel
Brûlant dans les javelles
l’été criblait ses bras
la fraîcheur des ombrelles
ne la protégeait pas
Seize ans
saison amère
elle était amoureuse
il partit pour la guerre
la gueuse dévoreuse…
dont il ne revint pas
Sans qu’elle se rebelle
ça ne se faisait pas
de mon temps disait-elle
elle fut mariée sans bouquet ni dentelles
au voisin que son père
avait élu pour elle
L’amour ses ritournelles
fadaises oubliées
De mon temps disait-elle
et je vois s’effacer
naïve l’aquarelle
que je m’étais rêvée
