Le bleu noir assis nu tout recroquevillé
Sur mon petit chevet oint sa peau de caresse.
Son oeil lèche le sol en parcours tortillé,
Son cou tourné vers moi transpire la paresse.
Sa main frotte son corps d'os et de fins tissus,
Alourdie par un siècle à prendre la poussière.
Il me conte des fois ses vieux amis déçus,
Morts de l'ivresse d'art au chagrin solitaire.
Son grand iris blanchâtre observe mes élans,
Mes lèvres au café puis ma main à la plume.
Ses cils battent toujours comme des rideaux lents
Baignants dans une larme qui sans cesse écume.
Je crois qu'il fut un Dieu, c'est ce qu'il m'avait dit
En me crachant dessus son épaisse encre noire,
Il avait pris ma joue de son pouce raidi
Avait collé son oeil au fond de ma mémoire.
Il est calme depuis, me renifle parfois,
Puis plonge son regard à nouveau dans le vide.
Il soupire alors une purée de pois.
Je pense qu'il m'attend mais qu'il reste timide.
Alors, séchant sa larme ayant tâché mes vers,
Je lui dis quelques mots au creux de son oreille
Et sa pupille roule à mes yeux mi-ouverts,
Il s'approche sans hâte et sa main se réveille.
Il attrape mes doigts, les pose sur son front,
Je glisse sur sa peau gravée d'une plissure,
Son coeur battant ma main ondule en petit rond,
Et alors il repart se rasseoir et susurre:
"Je mourrai après toi et tu mourras de moi.
Allez prends ton stylo, puis maintenant griffonne
Laisse-moi le néant et fais rimer l'émoi
Je te donne le bleu, la belle Perséphone."
