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Poème écrit par Anne28

Mes orages et mes naufrages

J’ai longtemps dérivé sur des eaux trop fragiles,
Sentant contre mon pas la haine aux dents fébriles.
Des crevards écrasés sous leurs livres en tas
Fixaient mon cœur tremblant sans détourner leurs pas.

Je partis sans penser au butin que je porte,
Ni voleuse, ni furie, ni révoltée trop forte.
Quand ma voix résonna dans leurs sombres chaumières,
La haine s’écarta — je laissais entrer la lumière

Dans les fureurs, les cris, les éclairs de colère,
Devant ces juges figés comme des blocs de pierre,
Je hurlais mais le monde étouffait mes appels,

Et le silence errait dans leurs salons bien rangés
J'étais bien loin d'eux , devenu un étranger

La vengeance tenait bon mais rien ne venait
Qu’une flamme attisée sous un souffle trop chaud
Trois cent soixante-cinq jours sans pouvoir décider,
Trois cent soixante-cinq nuits sans pouvoir exister.

Plus lourds que leurs écrits, leurs plumes, leurs ratures,
Le froid perça la loi, ses glaces, ses armures.
Souillée de mépris, d'indifférence
Je me levai disant : « La lutte n’est pas finie ».

Je me suis enfoncée dans les mots sans retour,
Dans la lenteur, le bruit, les combats sans détour.
Blessée jusqu’à l’âme, au plus profond du piège,
Je me noyais, brisée, dans l’embûche et la neige.

Où suis-je désormais ? J’attends encore le jour
Du verdict à payer, du poids de leur discours.
Plus forte que les maux qui ravagent la terre,
Je tombai dans leurs pièges aux griffes de fer.

Je sais les grands orages et les eaux déferlantes,
Les gouttes amères bues chaque nuit tremblante.
Le jour doit arriver où je devrai payer,

J’ai cru voir la sortie rien ne vient, rien ne cède.
Le soleil pâle brille, eux se pâment en velours,
Ignorant les prières, les plaintes, les détours.
Pareils à des tyrans dressés dans leur arène,
Ils hurlent que le meilleur vaincra dans leur domaine.

J’ai rêvé qu’il serait vengé, puni , mais...
Que ses mots seraient dressés face à tous , enfin vrais
Dans sa chaumière obscure, derrière ses carreaux,
Je m’éveille en sursaut, prête à briser les maux.

J’ai traversé les monts, les merveilles, les orages,
J’ai crevé leur paillasse et leurs sombres mirages.
Sans croire à la victoire, sans espérer l’égalité,
Je marchais dans la nuit, le cœur lourd, déchiré.

J’ai payé — le saviez-vous ? — tant de sommes perdues,
Mêlant coups, bassesses, vacheries confondues.
Les forteresses m’ont laissée sans le sou lapidée par le passeur des ombres et ses chiffres d'acier
Sous les fumées grises des cheminées sans foi.
J’ai vu qu’ils travaillaient — mais tout n’est que façade,

Leur savoir est un masque, leur science une parade.
Des écoles, des questions, des élèves dociles
Me jugeant médiocre au fil de leurs discours hostiles .
J’ai rêvé de glaciers, de soleils éclatants,
Échouée sur des riens, des débris, des instants.

Les branches démunies, les feuilles desséchées,
Et les enfants auxquels j’aurais voulu parler :
« La vie est vaste et rude, magique et déchirante,
Du bon au mal, du sombre à la fée bienveillante.
Des fleurs, des traces, des élans de bonheur,
Je suis le vent qui passe, un souffle à contrecœur ».

Parfois martyr, souvent victime, je demeure,
La mer glisse sur moi comme une longue lueur.
Ses larmes infinies coulent sur mon visage,
Et je reste au sol, brisée par le voyage.
Je n’ai pas terminé d’épuiser tous ces maux,

Les relents de poisson, les jours lourds, les fardeaux.
Je vogue entre deux eaux sans quitter ce vieux monde,
Tandis que les puissants rient au-dessus des ondes.
Moi, volubile, perdue, dispersée dans l’espace,
J’ai fini par comprendre que rien ne me dépasse :

Rien n’est réussite, tout s’effrite, tout échoue,
Pas même une sardine dans ce chaos de boue.
Libre, j’ai transpercé les murs et les orages,
Moi qui regardais l’aube rougir dans les nuages,
Portant dans mon sang mauve un éclat d’infini,
Des azurs, des blancs, des tourments réunis.
Je courais autrefois dans la nuit étoilée,
Mais je ne puis lutter contre vos mots d’acier.
Ma fierté s’est perdue sous l’ombre d’un puissant,
Et je cherche encore l’aube où renaît le vivant.

Tous droits réservés © Poème posté le 04/09/2026 par Anne28

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