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Poème écrit par Joailes

Ecrire à l'encre des nuits

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Écrire, c’est tendre l’oreille au bruissement des muses
c’est épier la nuit qui bave sous les portes.
La page n’est pas blanche, elle a ses fantômes,
des cris tus, des dents qui grincent l'alphabet.
La vraie passion, ce n’est pas l’encre qui coule,
c’est l’envers du poignet, cette veine qui tremble
quand le mot hésite entre la gorge et le vide.
C’est le bruit du sang qu’on rature à la hâte.
J’écris comme on détrousse l’ombre sur un trottoir,
à l’arraché, sans lampe, avec les morsures du froid.
Les phrases ne naissent pas : elles crèvent
elles ont la fièvre des amours mal finis.
Je suis le guetteur de l’inexprimé qui claque,
le scribe des failles, le nègre des silences.
Chaque virgule est une entaille où le jour saigne,
et le point final un couteau qu’on remue dans les plaies.
Alors non, je n’écris pas pour que le monde m’aime.
J’écris pour que la haine apprenne la césure,
pour que le désespoir ait un rythme, une issue,
et que l’indicible, enfin, daigne mordre la rime.
La vraie passion, c’est ce vertige qui vous prend
devant la page vide comme un abîme
et qu’on y plonge quand même, les bras en croix,
sans savoir si les mots seront justes et compris.
Écrire, c’est se taire avec du bruit.
C’est faire de sa voix un buisson d’épines
où le réel vient s’empaler, beau et dérisoire.
Et recommencer, encore, toujours,
jusqu’à ce que la nuit n'ait plus de ratures.

Tous droits réservés © Poème posté le 30/08/2026 par Joailes

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