Les vagues déferlent du nord.
Le froid saisit et mord.
Il fait claquer les voiles, elles se déchirent.
Sous la bourrasque, les mâts se brisent.
Et l’accordéon se moque du vent,
Accompagnant la vague, un temps.
Dieu n’a pas sa place dans l’ouragan.
Le marin fou chante sous l’orage,
Sur le pont humide et glissant.
Le violon verse ses sanglots agonisants
Accompagnant le grand goéland.
Sur le grand mât, il se pose doucement.
Le coquin est là, l’équipage divague.
L’oiseau de malheur danse et danse,
Dans la mature qui tangue et balance.
Les tambours résonnent en cadence
Ils préparent les esprits au pire.
Le volatile arrogant défie
Les hommes qui tremblent,
Se signent et prient.
La vague scélérate frappe et frappe.
La coque grince, se brise, le bois craque.
Les haubans se tordent, se tendent,
Au son d’une valse dansée avec le diable,
Les gabiers, bordant l’artimon, pendent.
Attaché au gouvernail,
Le capitaine hurle, jure en finissant
Une bouteille de vieux rhum frelaté.
L’oiseau du malin déploie ses ailes.
En Ankou, elles enveloppent la caravelle.
La lune joue à cache-cache dans le ciel.
Une guitare électrique broie la partition,
Elle accompagne la barque et les âmes
Aspirées vers les fonds.
Le spectacle touche à sa fin.
Les instruments se taisent, les silences s’éclairent.
Les nuages fuient le matin. Il ne reste plus rien,
Sous le pâle soleil, la mer est calme.
Et tout là-haut, en maître des cieux,
Plane le goéland.
Loïc ROUSSELOT
