Quand le ciel lourd et bas pèse comme un couvercle
Sur le poumon de sève où la vie agonise,
L’immense horizon noir n'offre plus de cercle,
La trachée de la Terre exhale une suie grise.
Un brouillard de poison écrase la nature,
Rendant l'air criminel pour toute créature.
Éperdus dans l'enfer d'une forêt qui brûle,
Les cris des animaux s'éteignent sous la braise
Comme des souvenirs qu'un Roi noir bouscule,
Leur détresse s'enfonce, leur terre se tait et pèse.
Prisonniers du néant, sans refuge et sans voix,
Les fantômes de l'ombre s'immolent dans les bois.
On brûle à l'infini les mémoires du monde,
Des manuscrits d'écorce aux secrets oubliés.
Une araignée affreuse, au fond de l'ombre haute,
Tisse ses fils de deuil sur ces troncs décimés.
Chaque arbre qui s'effondre en ce morne calvaire
Est une page morte au livre de la terre.
Devant l'immensité de ce grand corps qui meurt,
L'esprit ne ressent plus ni révolte ni pleurs.
Un ennui lourd et froid s'installe sur la plaine,
Figeant dans mon cerveau le sang de chaque veine.
Le monde n'est plus qu'un grand désert de cendre,
Où mon âme captive attend de redescendre.
Sous le dôme de suie où l'espoir est proscrit,
Aucun phénix ne lève un bourgeon dans la nuit.
Le Temps, ce grand bourreau, avance et dévore
Les derniers souvenirs que la Terre colore.
Et l'Angoisse despotique, sur mon crâne incliné,
Plante son drapeau noir dans le monde ruiné.
