CARAMANCHEL
Je parlais un soir à une jeune indienne
dont le visage triste s'éclairait de lune ;
ses yeux noirs rêveurs,timides étoiles brunes
se perdaient dans la nuit aux reflets d'obsidienne.
Le lac sans rides , d'un argent profond
renvoyait au ciel son reflet précieux ;
le volcan qui grondait avait calmé ses feux
et la nuit semblait un abîme sans fond .
Les sentiers tortueux sentaient la poudre froide,
l'argile fine et la mitraille de la nuit ;
l'odeur des combats stagnait malgré la pluie,
accrochée aux cierges et leurs épines roides .
Les mines dormaient sous la frêle vêture,
que le pas innocent ne pouvait deviner ,
de l'Indienne, sur la piste, venue apporter
quelque présent aux dieux de la nature .
La nuit s'étiole, en silence, sous étoiles basses.
Dans l'ombrage flétri au parfum délicat,
les cerises de café sont de petits grenats,
qui tombent dans l'ocre sans laisser de trace.
