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Adresse au visiteur silencieux
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C'est d'abord, une fois la grille refermée
Sur la ville et le flot de son bourdonnement,
Le silence d'ici, votre pas dans l'allée
Qui froisse le gravier d'un léger crissement.

Vous venez en voisin comme chaque semaine
Passer une heure ou deux dans ce lieu suspendu
Entre l'ombre des jours et la rive lointaine :
Vous étiez espéré, vous étiez attendu.

D'un regard qui s'attarde ainsi qu'une prière
Au front nu d'une stèle où des noms sont gravés,
Vous touchez l'infini, vous traversez la pierre,
Consolant les défunts en leurs tombes couchés.

Ami, souvenez-vous des siècles insondables
Où nous avons marché quand nous étions vivants.
Ami, rappelez-vous les temps impénétrables
Où nous avons peiné sous la charge des ans.

Il ne reste plus rien des traits de nos visages
Et nos voix se sont tues, scellées à tout jamais
Sous la terre au teint gris, le marbre et les ravages
D'une époque sans âme où les adieux sont laids.

Vous donc qui nous offrez vos aimables visites,
Vous qui vous arrêtez au seuil de notre mort,
À ceux qui vous côtoient répétez et redites
Qu'ils auront même fin, qu'ils auront même sort.

© Poème posté le 02/05/2026 par Ombrefeuille

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