L’anachorète
3
La prison de la solitude
Referme autour de toi ses doigts ;
Sais-tu vraiment ce que tu dois,
Vers qui va ton ingratitude ?
Dans ce cercle ouvert t’enfermer
C’était la pure conséquence
D’un esprit que le cœur devance
Avec l’avidité d’aimer !
Il paraît que tu le décides,
Et la retraite est un couloir
Pratique, en allant vers le soir,
Mais ta vie est d’ombres livides.
Retourneras-tu voir les tiens ?
Tu n’étais qu’un petit de l’homme,
Nul n’attend que tu fondes Rome !
Tu serais, des drames anciens,
Ce héros pathétique et sobre,
Conscient jouet de ses dieux,
Et contre eux, s’arrachant les yeux,
Sous l’aigre mépris et l’opprobre…
Si le sort te cloître à ton trou,
Après l’avoir tant parcourue,
Zarathoustra de terre crue !
C’est qu’elle est ronde comme écrou :
Sitôt vu le bout l’on s’y visse !
Ce monde ne vaut qu’à le fuir
Et tu n‘es bon que d’y fouir
Seul -et nul- parce que c’est vice !
Vous dont la compagnie est manque
Voyez ce scribe accroupi seul ;
Plus loin de vous que n’est le Peuhl,
Le Mongol ou le saltimbanque,
Il jongle avec des mots camus,
Assis sur son astéroïde
Jambes en tailleur et dos roide,
Il entrevoit des sons émus
Dans le brouillard lacté des nues,
Des sons tirés du songe émis,
Et s’éloigne à jamais d’amis,
Et d’amères déconvenues…
Sa langueur peint, tout en douceur,
Au poil de martre du langage ;
Largeur et longueur sont le gage
D’un pied sain, dont l'aise est la sœur.
Si loin poussée à cette étude
La raison dérape pourtant
Si l’on pense au cachot restant :
La prison de la multitude.
Referme autour de toi ses doigts ;
Sais-tu vraiment ce que tu dois,
Vers qui va ton ingratitude ?
Dans ce cercle ouvert t’enfermer
C’était la pure conséquence
D’un esprit que le cœur devance
Avec l’avidité d’aimer !
Il paraît que tu le décides,
Et la retraite est un couloir
Pratique, en allant vers le soir,
Mais ta vie est d’ombres livides.
Retourneras-tu voir les tiens ?
Tu n’étais qu’un petit de l’homme,
Nul n’attend que tu fondes Rome !
Tu serais, des drames anciens,
Ce héros pathétique et sobre,
Conscient jouet de ses dieux,
Et contre eux, s’arrachant les yeux,
Sous l’aigre mépris et l’opprobre…
Si le sort te cloître à ton trou,
Après l’avoir tant parcourue,
Zarathoustra de terre crue !
C’est qu’elle est ronde comme écrou :
Sitôt vu le bout l’on s’y visse !
Ce monde ne vaut qu’à le fuir
Et tu n‘es bon que d’y fouir
Seul -et nul- parce que c’est vice !
Vous dont la compagnie est manque
Voyez ce scribe accroupi seul ;
Plus loin de vous que n’est le Peuhl,
Le Mongol ou le saltimbanque,
Il jongle avec des mots camus,
Assis sur son astéroïde
Jambes en tailleur et dos roide,
Il entrevoit des sons émus
Dans le brouillard lacté des nues,
Des sons tirés du songe émis,
Et s’éloigne à jamais d’amis,
Et d’amères déconvenues…
Sa langueur peint, tout en douceur,
Au poil de martre du langage ;
Largeur et longueur sont le gage
D’un pied sain, dont l'aise est la sœur.
Si loin poussée à cette étude
La raison dérape pourtant
Si l’on pense au cachot restant :
La prison de la multitude.
