Détaché
2
Esprit lesté d'un corps, j'ai longtemps gambadé
Dans les bois, dans les prés, coursant chevreuil et biche,
De ma pleine inconscience heureux, autant que riche,
Pourvu de tout, bien que n'ayant rien demandé.
Sur ce sol, tout naissait, tout poussait, tout mourait
Et mon sort, quelques fois, tenait plus de la proie
Que du chasseur. Ci-bas, sans aucune courroie,
Je vivais attaché, caché dans les fourrés.
Dans le ciel, j'observais des étoiles la ronde ;
Pendant longtemps, je crus vivre au centre du monde.
Au-dessus, ne bougeait plus rien, l'éternité,
Enfin, aux yeux de tous, devenait accessible.
Pour pénétrer dans ce jardin incorruptible,
Il suffisait d'avoir l'échelle pour monter.
Ma mère m'aimait trop. A chacun de mes sauts,
Vers elle m'attirait, je cédais à la chute.
Ma chair était trop grave, était celle de brute !
Mon âme m'animait, mais je n'étais qu'un sot.
Je refusais la mort qui n'atteint que le corps
Et réclamais l'esprit qui, détaché, s'élève.
Je devais cultiver cette nouvelle sève
Afin de maintenir ce qui serait mon sort.
J'avais peur désormais de retomber à bas !
D'être bête à nouveau qui, chaque jour, combat.
J'ai, de mille façons, tenté de l'isoler,
Au fond d'un labyrinthe, ainsi que dans l'arène
Où, couvert de lumière, apeuré je me traine
Pour, une fois encor, mon ancêtre immoler.
Dans les bois, dans les prés, coursant chevreuil et biche,
De ma pleine inconscience heureux, autant que riche,
Pourvu de tout, bien que n'ayant rien demandé.
Sur ce sol, tout naissait, tout poussait, tout mourait
Et mon sort, quelques fois, tenait plus de la proie
Que du chasseur. Ci-bas, sans aucune courroie,
Je vivais attaché, caché dans les fourrés.
Dans le ciel, j'observais des étoiles la ronde ;
Pendant longtemps, je crus vivre au centre du monde.
Au-dessus, ne bougeait plus rien, l'éternité,
Enfin, aux yeux de tous, devenait accessible.
Pour pénétrer dans ce jardin incorruptible,
Il suffisait d'avoir l'échelle pour monter.
Ma mère m'aimait trop. A chacun de mes sauts,
Vers elle m'attirait, je cédais à la chute.
Ma chair était trop grave, était celle de brute !
Mon âme m'animait, mais je n'étais qu'un sot.
Je refusais la mort qui n'atteint que le corps
Et réclamais l'esprit qui, détaché, s'élève.
Je devais cultiver cette nouvelle sève
Afin de maintenir ce qui serait mon sort.
J'avais peur désormais de retomber à bas !
D'être bête à nouveau qui, chaque jour, combat.
J'ai, de mille façons, tenté de l'isoler,
Au fond d'un labyrinthe, ainsi que dans l'arène
Où, couvert de lumière, apeuré je me traine
Pour, une fois encor, mon ancêtre immoler.
©JIM
