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Aquarelle cruelle
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J’ai quitté mon train de papier
pour le pays des hirondelles
et l’aube grisonnait à peine
que je filais à tire d’aile
laissant ma plume à l’encrier

La colline des oliviers
griffée de murets qui s’effondrent
incline son épaule ronde
vers le miroir de son bassin
que frôlent les cris des arondes

Cisaillant l’air au nez des chats
leur ballet dans le clair matin
fascine ces patients félins
qui somnolaient sur la margelle,
il électrise leur prunelle

L’âpre combat pour la becquée
des insatiables nouveau-nés
au bord du nid pépie fiévreux.
Poussins chétifs cramponnez-vous
sous le palmier guette un matou !

J’ai quitté mon train de papier
pour le pays des hirondelles
la cruauté y est si belle
qu’on lui pardonne d’exister

Qui reprocherait leurs épines
aux douces fleurs de l’oranger
qui ensorcellent les vergers
de leur parfum d’étoiles fines ?


"Du seuil voici que vous suivez le paraphe noir des arondes
Vous sentez dans vos bras tout à coup la dimension du monde"

Louis Aragon

© Poème posté le 16/05/2025 par Arielle

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