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Poème écrit par Ggabrielle

La Complainte de l’Intrus en Poésie

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Je ne suis pas un poète.

Longtemps j’ai voulu m’en persuader.
J’ai compté et recompté des pieds,
trituré des rimes.
En vain.

Je ne suis pas un poète.

Alors je recours à des subterfuges,
Je ponds quelques lignes de prose
(ça je sais faire), j’applique adroitement quelques césures et je fais passer ça pour des vers libres.
C’est une supercherie, je sais.

Je ne suis pas un poète.

J’ai acheté un livre d’aide à l’écriture.
Je m’y suis plongé, je m’y suis noyé,
j’en ai émergé. J’ai refermé le livre.
Ça y est, j’ai tout compris.
Mais ça n’a pas fait de moi un poète.

J’ai tout tenté, tout essayé,
même les psy.

La psylacaniste, la belle quarantaine,
mais le genre frigide.
Etendez-vous, détendez-vous et ne pensez plus à rien.
Elle-même a fait la sieste dans son fauteuil.
Après 5 ou 10 longues longues minutes :
Dites-moi ce qui vous amène
en peu de mots.
Peu de mots plus tard :
Cher Monsieur, vous avez désiré votre mère et vous avez eu l’envie de tuer votre père, étant petit.
Il vous faut une séance hebdomadaire
pour résoudre vos complexes.
N’espérez pas de résultat
avant cinq ans.
200 euros. En espèces, s'il vous plaît.
Déposez les billets sur le guéridon
en sortant. Merci.

Chez le psychiatre, sexagénaire débonnaire,
70 euros seulement.
Au bout de cinq minutes, je vois,
je vois. Je vais vous prescrire ce qu’il vous faut.
De l’amphétamine (je vous dirai où en trouver) et de la cétirizine (celle des cyclistes) pour stimuler sans la laisser retomber votre imagination.
Pour calmer l’agitation entre deux poèmes, du phénobarbital, un barbiturique, comme son nom l’indique.
En cas de forts tremblements, du lormétazépam, une benzodiazépine, anxiolytique et anti convulsif.
Enfin, pour un sommeil réparateur, du zolpidem, un sédatif doux.
Le pavot somnifère convient également.
Surtout, évitez le café et le tabac,
ça donne des aigreurs.

La psychologue. M’interpelle à peine franchi le portail
(sécurisé, caméra et tout) :
Vous ne pouvez pas traverser la cour !
Interloqué :
Comment je fais pour venir jusque là ?
Il y avait bien vingt mètres à vol d’oiseau.
Vous devez suivre le chemin, vous ne voyez pas ?
Il fallait suivre le chemin qui longeait la cour sur trois côtés.
Il suffisait d’y penser !
Vue de près, la cinquantaine acariâtre.
Ah oui, je vois. Allez chez mon collègue X, psychothérapeute.
50 euros, merci.

Le psychothérapeute, barbu, genre soixante-huitard
mais pas l’âge d’avoir fait Mai ‘68.
Vous tombez bien !
Il me manquait quelqu’un pour commencer une thérapie de groupe,
« L’affirmation de soi ».
Si, si, vous verrez, ça vous convient.
Ne faut-il pas s’affirmer pour faire de la poésie ?
Première séance. Huit participants. On a tous décliné notre nom.
Charles, Christine, Laurence, Denis, Caroline, Eric (Eric ?), Luc et moi.
Après quoi ils avaient épuisé leur réserve de paroles du mois.
Des vrais timides.
J’ai fait les frais de la conversation avec le psy.
Pour commencer, j’ai dû me présenter 3 ou 4 fois.
Pour s’affirmer, faut savoir se présenter.
Se vendre, un peu comme dans les séminaires de marketing.
Ensuite : « Quelles sont vos attentes », ce sont les termes consacrés.
Et bien, c’est parce que j’ai un blocage… Stop ! Recommencez.
Bon, pas un blocage. Un problème ?
Non plus. Une difficulté ? Reformulez.
J’étais tombé chez un adepte de la TCC,
thérapie cognitivo-comportementaliste.
Pour ceux qui connaissent Saint Ignace de Loyola à un novice qui doute : mets-toi à genoux et prie, la foi viendra.
Traduction : prends un bic, une feuille de papier et recueille-toi,
la Poésie viendra.
Que 25 euros (fois 8!)

Je ne suis pas un poète.

J’ai tout tenté.
En dernier recours, je me suis rendu chez la Grande Poétesse,
la Diva crainte et adulée.
Mes brouillons à peine aperçus :
Cher Monsieur,
vous n’êtes pas un poète,!
Oui, ça je sais, merci.
Mais comment en devenir un,
même un petit ?
Cher Monsieur,
on est poète de naissance,
on ne le devient pas !
C’est gratuit.

Et voilà.
A la fin de ma quête,
je ne suis définitivement pas un poète,
Mais maintenant je sais pourquoi.
C’est génétique.
Vittorio, alias Ggabrielle.
Pas plus poète que devant.

N.B. Nouvelle édition.
Déjà publié, puis effacé, sur le forum.

Tous droits réservés © Poème posté le 08/05/2025 par Ggabrielle

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