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De profondis
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Nous n’étions plus que trois pour le dernier hommage
Dans ce crématorium tout embrumé d’hiver;
La pluie tambourinait ses pleurs sur le faîtage,
Le ciel d’un voile gris soudain s’était couvert.

Quelques fleurs seulement, posées sur le cercueil,
Dans la grisaille ambiante, avec leurs couleurs gaies,
Éclaboussaient de vie en cet instant de deuil,
Évoquant la beauté lorsque la mort effraie.

L’ultime rendez-vous que l’officiant voulut
Rendre aussi solennel que l’exigeait sa charge
Prenait un air étrange avec le texte lu
Prêtant à la défunt’ les mots de ce partage.

On fit entendre un chant qu’aimait la centenaire:
« Toutes les femmes sont belles », répétait-on:
On le lui fredonnait pour ses anniversaires
Et elle avait fini par croire en la chanson.

Son corps s’est éloigné sur ce dernier refrain,
Une port’ s’est ouverte et puis s’est refermée.
Que reste-t-il de vous quand vous n'êtes plus rien
Sinon le souvenir d’une figure aimée?


Solitude d'une très vieille femme.

© Poème posté le 13/10/2024 par Boblawap

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