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Ânerie
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Au château des soupirs,
Le pont-levis est clos
Des larmes de saphirs
S’écoulent sans repos.

Le roi épie la reine,
La reine fuit le roi,
L’amour quitte la scène
Et l’amant au beffroi.

Ah ! vous dirai-je, maman,
Ce qui cause mon tourment ?
Le bonheur a pris le champ
Et l’amour a sacré l’camp.


Au bordel du village
Où le vin coule à flots,
Le bruit est volage
Même sous les sabots.

Le piano se déchaîne,
La putain danse et rit,
Un manant est sans gêne,
Son chien dort sous le lit.

Ah ! vous dirai-je, maman,
Ce qui cause mon tourment ?
Le bonheur a pris le champ
Et l’amour a sacré l’camp.


Au prieuré des saints,
Des curés, des dévots,
On prie un dieu humain
Qui verse des sanglots.

L’abbé fait sa prière
Dans un chemin de croix,
Par-devant, par-derrière
En mangeant quelques noix.

Maman, qui êtes aux cieux,
Portez-vous bien pour le mieux !
Ici, ce n’est que grisaille
Dans une jungle en broussaille.


Dans tous les patelins,
On répand ce ragot:
Au pays des crétins,
L’âne est le moins idiot.

L’ânerie est humaine
Et, qu’on le veuille ou pas,
Que l’on soit con ou zen,
Il en aura au trépas.

Ah ! vous dirai-je, maman,
Ce qui cause mon tourment ?
Le bonheur a pris le champ
Et l’amour a sacré l’camp.

Maman, qui êtes aux cieux,
Portez-vous bien pour le mieux !
Ici, ce n’est que grisaille
Dans une jungle en broussaille.
ClaudeL © 2024

© Poème posté le 11/07/2024 par Claudel

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