Rude pays
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Pays fier ombrageux
comme un cheval fougueux
qu'étrillerait le vent
De grains en grains
brûlés d'embruns
tes ciels déchirent la lumière
Pour tenir tête à l’océan
tu n’as que la peau sur les os
un rien de chair cousue de nerfs
bardée d'ajoncs et de bruyère
Remontant tes abers*
c’est le sang de la mer
qui bouillonne en tes veines
et fait battre ton cœur
Sous les solives des orages
rampent tes rêves de bocages
lacérés par des chemins creux
Entre ardoise et granit
bourdonnent, tutélaires, les gwerzioù** de naguère
dont le flux déroulait leurs complaintes de brumes
sur tes lèvres d’écume
Pays fier et austère
dans ton parler rugueux
moi j'entends la tendresse
qu'échangent mer et terre
pudiques amoureux
* Aber : Estuaire d'une petite rivière en forme de crique ou d'anse et servant de lieu de relâche pour les bateaux de pêche
**Une gwerz (en breton, au pluriel gwerzioù) est un chant breton racontant une histoire, depuis l'anecdote jusqu'à l'épopée historique ou mythologique. Proches des ballades ou des complaintes, les gwerzioù illustrent des histoires majoritairement tragiques ou tristes.
