Le baiser de la Belle au Bois sans soif
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Oyez mon gentil Prince,
Oyez mon amertume !
Voyez en quel aride enfer je me consume,
seulette en pâmoisons et secrète rosée,
les fées m’ayant vouée
au vice qui rend sourd …
Venez, je n’en puis plus. Venez à mon secours !
Ma bouche est un brasier
avide du brandon
humide qui saurait à coup sûr l'apaiser
pour peu que vous daigniez céans vous y glisser !
Cessez de barguigner, vous me faites languir
et par saint Valentin je vous somme d’agir !
À genoux donc, morbleu,
baisez-moi, je le veux !
S'il faut qu'on vous bouscule
j'ai, parmi mes laquais, un preux de la férule
qui vous attendrira les rognons sans faillir.
Faut-il pour un baiser risquer de trépasser ?
Je ne saurais vous dire,
c'est à vous qu’il échoit à la fin de choisir.
