J’ai imaginé un message qu’aurait pu adresser Verlaine à Rimbaud vers 1886 alors que ce dernier commerçait en Ethiopie sans se soucier de son recueil « Illuminations » qui venait d’être publié par les soins de son vieux compagnon.
Verlaine évoque leur séjour à Londres entre 1872 et1873
Toi l’enfant-loup
âpre oxymore
piéton de l’air et paysan
poings d’écorcheur à l’œil faïence
caricature d’innocence
Dis, qu’as-tu fait de ta jeunesse*
des tumultes de ton front pâle
plein d’éminences
et de promesses ?
Dans les brouillards de la City
où nous battions de la semelle
tu soulevais
du pavé gras
tant d’étincelles de génie
que sous tes pas
Londres flambait
Je m’enchaînais à ton sillage
dans l’enfer glauque des tripots
où tu prétendais écumer
la quintessence de tes rages
Vil cabotin pétri d’injures
tu ne retins que l’amertume
de la Beauté
t’ayant élu
pour le cagneux de tes genoux
qui lui avaient brûlé le cul
Sous ta tignasse d’ange triste
crapotant un faux cresson bleu
ta piètre panoplie d’artiste
n’était qu’un jeu
Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?*
cette saison de noire ivresse
qui te vit roi
Tu as vomi tes sortilèges
dont je vénère des copeaux
Aigri fiévreux
sans nul répit
tu cours
à t’en rompre les os
loin de nos anciens parapets
loup qu’affame une folle errance
les crocs cloués sur ton silence
