Ce lieu de sainteté n’a pour tout ornement,
Qu’une vierge drapée contemplant son enfant.
Depuis les dalles basses jusqu’aux arcs-boutants,
Des cantiques s’élèvent, assourdis par les ans.
Un haut seigneur prodigue, en habit de faction,
Repose en une alcôve, étendu sur des lions,
Sa dame, à son côté, récite une oraison,
Sous la garde assidue d’un lévrier saxon.
L’édifice a vécu au confluent des guerres,
Maintes fois mutilé, assailli, mis à terre,
Mais aucun n’a soumis ce géant de calcaire,
Ruines sont fondements pour le tailleur de pierres.
Les austères matins, le moine cistercien
Abreuve sans repos de précieux parchemins,
Le labeur est sa foi, la prière est sa fin,
Il épouse le sol et dort, l’esprit serein.
Dans son enclos de feu, la forge gronde et mord,
Il faut tailler le fer, qui se vend à prix d’or !
Sous les bures d’albâtre obéissent les corps,
Pour le salut de tous, brûlant d’un même effort.
Au cloître, dans un puit, l’eau gît en abondance,
Vers le jardin des simples elle ouvre les semences,
Infiltre les bassins, diffuse son silence…
En éveillant l’esprit au mystère de l’Absence.
